2007 – Août, Que le grand Cric me croque

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Qu’est-ce qu’un Cric hors l’appareil de musculation que l’on aime à utiliser de préférence sous une pluie battante ? Pour être pleinement informé, il vous faut aller voir, en fin du chapitre « de Jussieu au Cric », un court métrage exceptionnel — en cela que j’y tiens le premier rôle : Le Cric. Pour ceux qui n’ont pas le temps, il vous suffira de savoir que se faire un cric signifie se monter la tête, ou le bourrichon, ça revient au même, soit partir en parano pour pas grand chose, voire même pour rien. Je ne suis pas de nature paranoïaque mais il m’arrive de partir en vrille, c’est ce que nous allons conter ici.

 

Cette nouvelle aventure de la famille de Lipowski, dont la dramaturgie se déroule en 2007, prend son origine cinq ans plus tôt.

 

Un beau jour de 2002, coup de fil de l’école élémentaire Tlemcen où notre cadet, Hugo, est en classe, il a alors 9 ans, sa directrice demande à voir les parents. On y va. Dans son bureau, passé un état des notes de notre fils, flottant autour de la moyenne, cette brave femme en vient à nous informer de l’avis des différentes institutrices qui lui font classe : « Son comportement, en cours ou dans les activités de l’école, est un peu déconcertant, il serait bon que vous rencontriez la psychologue attachée à notre établissement, elle vous en dira plus. »

 

Super… Les parents ressortent de ce rendez-vous un peu chargés. Mais pas plus étonnés que cela car notre Hugo, depuis quelques mois et en famille, développe de fait un comportement qui, sans être inquiétant au sens du terme, s’avère toutefois aussi nouveau que déroutant. Car paradoxal. Dans une situation familiale ordinaire, il est un gamin tout ce qu’il y de plus ouvert, heureux de vivre, mais dès qu’il peut se replier dans son monde, matérialisé en l’occurrence par les quatre murs de sa chambre dont il aime à refermer le store qui occulte sa porte-fenêtre, il s’installe là dans sa bulle, au calme de son imaginaire, et le fait que nous percions cette bulle en ouvrant la porte pour ne serait-ce que s’informer qu’il y est bien, dans sa chambre, lui cause un évident déplaisir. Qu’il ne manifeste pas, mais on sent tout de suite qu’on aurait pas poussé la porte, fallait pas compter sur lui pour l’ouvrir.

 

La famille de Lipowski en délire, avec l’aimable participation de Phil Collins.

 

Nos deux garçons ont beau sortir du même moule, leurs caractères, qui ont plein de choses en commun, divergent quand même en certains points de leurs comportements. Arthur, qui est l’aîné avec sept ans de plus, est… comment dire ? aérien, instinctif, pulsionnel, brillant tchatcheur, parfois rebelle mais au final sans trop de problèmes avec son entourage — il aime bien les gens, ainsi que ce qui les entoure, à savoir la vie — et, pour simplifier le schéma à l’emporte-pièce, à classer dans les extravertis. Son petit frère est un gamin craquant, charmeur, sensible, aussi réfléchi que son frangin peut parfois être impulsif, jetant sur le monde un regard attentif mais qui peut-être interrogatif, amoureux de la vie au même titre que son grand frère — en cela on peut dire que les parents ont bien su transmettre le flambeau du bonheur de vivre — , d’une façon générale plus sage que son aîné, moins prolixe et, là aussi pour simplifier, bien que les choses ne sont jamais aussi tranchées que cela, plus intériorisé que le contraire. Tu sens que cela cogite là-dedans mais il a tendance à conserver les choses en interne, avec une psyché active mais contenue. Toujours est-il, et ce jugement n’engage que moi (en clair, pas la mère), qu’il m’a semblé que, dans son enfance, Hugo épousait un peu le syndrome du second, soit celui qui arrive après l’autre, un autre qui a sept ans de longueur d’avance et qui, du haut de ses seize ans, sait déjà tout sur tout, comme tous les ados, semble avoir la maîtrise des maths, Français, sciences nat’ – autant de matières du lycée où le cadet rame encore en primaire -, commence en même temps à draguoter la gente féminine et naturellement à s’en vanter, bref, une exemplarité qui, sans aller jusqu’au parangon de réussite dans les études, avait tout pour en imposer au petit frère. Enfin, « tout ça c’était avant », pour parler comme une pub célèbre, les années et la maturité de l’un et de l’autre ont aujourd’hui modifié la donne.

 

Dans notre série « Les Mystères de l’amour »…

 

Il en est des cocktails comme de la soupe, si tu mets dedans les mêmes ingrédients et que tu mélanges, tu obtiens toujours la même chose. Un cocktail ou de la soupe. Avec les enfants, les cocktails utilisant les mêmes ingrédients – les gènes des parents, secoués – donnent à l’arrivée des choses complétement différentes. C’est un mystère, sorti du néant, de la nature, d’on ne sait-où, le shaker est autonome, il fait son marché.

Débarquement d’Arthur

Un peu de ceci de la mère, un peu de cela du père, un peu de piment venu d’on ne sait quels aïeux – épices pas du tout prévues par les deux barmen mais extraites sous pression de l’ADN -, on secoue et on sert chaud, à 37 degrés, dans la maternité de son choix. La mère, Caroline, est une beauté, chevelure rousse auburn opulente, visage de chat malin sur corps sculptural car profilé au tour ; le père, soit moi, a ce charme du regard qui fait oublier le faciès rond et banal qui l’entoure, une calvitie déjà fortement prononcée à l’âge où il s’attaque aux cocktails, un corps dont le profil trivial rappelle le joueur de pétanque des campings se tenant mains aux hanches pour dissimuler ses boules qui servent aussi de poignées d’amour lors de nuits sexuellement torrides sous la tente.

Campeur sans peur

Donc delta conséquent entre les deux parents. La mère est aussi aérienne qu’espiègle, riche d’une empathie invraisemblable qui la fait à l’aise dans mille situations quotidiennes, prompte à philosopher sur les sujets les plus ordinaires ou les plus graves, et sérieusement entichée, on se demande bien pourquoi, mystère de l’amour, de son joueur de pétanque. Les nuits torrides sous la tente n’expliquant pas tout. Le père est le genre de gars sûr de lui, l’attitude la plus efficace qu’il ait trouvée pour camoufler sa timidité, aussi terrestre – c’est un Taureau – que sa compagne – Poisson volant – est ailée, toujours prêt au cynisme heureusement contrebalancé par un romantisme désuet, et sérieusement entiché de sa femme. Ils ont au moins un point en commun. Là encore les nuits torrides n’explicitent qu’en partie les choses. La mère est amoureuse des couleurs et de l’harmonie est général, affiche une tendance bordéleuse mais qui se soigne – elle oublie de fermer ses placards -, impulsive donc, peu apte à l’anticipation et toute forme d’organisation, de structures, l’emmerde, elle délègue. A qui ? A son mari qui lui en redemande ; ce paysan, car s’en est un, est un maniaque qui se soigne – il aime à refermer les placards -, il est autoritaire-lucide, soit sachant s’excuser quand il a poussé le bouchon trop loin, et, d’esprit comptable, il apprécie peu les impromptus qui bousculent ses habitudes. La mère est douée pour le commerce, avec les gens, pas avec les sous ; le père aime bien les gens mais leur commerce peut vite le fatiguer s’il empiète trop sur sa liberté. Je brosse ici à gros traits, trop gros, et je ne suis pas sûr que les intéressés puissent aisément s’y reconnaître. En effet, la mère, d’aérienne peut – parfois – se voir collée au sol par une déprime tombée d’un ciel orageux ; le père, terrestre, peut décoller dans les étoiles pour peu qu’elles luisent par temps clair. Donc tout et son contraire, bien que, fondamentalement, leur tout, à l’un et à l’autre tel que définit précédemment, charpente l’essentiel de leur être, leur contraire aimant soudain à s’échapper pour briser une cuirasse caractérielle où ni l’un ni l’autre sont trop finauds pour se laisser enfermer. Pour résumer, la maman est une artiste qui ignorait jusqu’à il y a peu qu’elle pouvait l’être, le papa s’est toujours imaginé en artiste mais il lui aura fallu être gestionnaire attentif de sa propre existence pour finalement s’autoriser à, vaguement, l’être.

 

 

Voilà pour les parents, revenons-en au cadet, qui, soudain, leur fait souci. Quelques jours plus tard, rendez-vous avec la psy de l’école, une charmante dame aux yeux bridés car de souche asiatique, probablement issue d’une famille vietnamienne. « Hugo de Lipowski… oui, il est peu participatif en cours, les profs doivent aller le chercher, l’interpeller pour qu’il réagisse en classe. Ce n’est pas systématique, pas tous les jours, mais c’est une attitude suffisamment récurrente pour qu’on la relève. » Nous apprenons donc qu’Hugo amène sa bulle d’évasion à l’école, qu’il l’installe autour de lui en classe et que, dans ce champ de force sphérique, le monde extérieur ne pénètre qu’à un faible pourcentage, tout le reste rebondissant dans les airs sans visiblement l’atteindre.

« Votre conseil ? dis-je, attentif à l’analyse de la psy mais pas entièrement convaincu car toujours un peu méfiant avec les coupeurs d’inconscient en quatre.

— Une solution serait de lui faire pratiquer un sport collectif, football ou autre, afin qu’il renoue avec le groupe, et ce de manière ludique. »

 

Là, problème, car la famille n’est guère sportive. La faute en incombe d’abord au père : courir en sueur après un truc rond que l’on doit s’ingénier à rentrer dans un truc rectangulaire, n’a jamais été son fort. Il a vaguement joué au foot lors de ses études, plutôt au titre d’arrière car trop nul pour être avant-centre ou milieu de terrain, mais c’est encore la position de gardien de but qu’il préfère vu qu’on y courre moins, sauf qu’on lui confie rarement les cages car, peu motivé pour prendre un ballon dans les couilles, il se les protège trop des deux mains et, très vite parvenu au 10 à 0, on le taxe inévitablement de passoire. Il s’est essayé une fois, juste une fois et sans enthousiasme aucun, au rugby, en a pris plein la gueule et s’est bien juré de ne plus jamais toucher à cette connerie insaisissable de ballon ovale. La seule pratique sportive qu’on peut toutefois lui reconnaître est celle du kung-fu, mais ses trois mois d’entrainement n’ont jamais vraiment fait d’ombre à Bruce Lee. La maman s’astreint de son côté à cette gymnastique quotidienne qui maintient en état la souplesse offerte aux belles plantes, mais cela reste extrêmement individuel, pas du tout collectif, bien qu’elle s’évertue à convaincre son époux, souple comme un verre de lampe, d’apprendre certaines positions de yoga qui, pour peu qu’il les tente, lui valent un lumbago nécessitant moult massages, dont bien sûr, en tant que coupable, elle lui est ensuite redevable.

 

 

« Je sais ce qu’on va lui faire faire comme activité, dit le père au sortir de l’école, inscrivons-le à un cours de théâtre. Ça c’est du collectif, si tu la joues solo, one-man-show au sein d’une troupe, tu te fais engueuler par l’arbitre. »

 

Et c’est ainsi qu’à neuf ans, Hugo se retrouvait inscrit dans son premier cours d’art dramatique, du côté de la Porte de Bagnolet, où il allait se coltiner avec du texte, des costumes, du mime et le complaisant public parental applaudissant à grand cris lorsque l’enfant — surtout quand c’est le sien — paraît. L’année suivante, ce fut L’Atelier du Chaudron, Paris 11e. A ce qu’on m’en dit, cet atelier semble aujourd’hui pertinent pour les gamins mais, en 2003, c’était loin d’être le cas. Hugo va sérieusement s’y emmerder, à tel point qu’il y fera seulement un trimestre.

Marie Ben Bachir

L’année suivante, on va faire très fort car on attaque là une scène mythique dont tous les comédiens rêvent et qu’ils n’atteignent qu’au prix de x années de pratiques soumises à x concours dont fort peu sortent au demeurant vainqueurs. L’instrument du destin sera ici la compagne de l’époque de Philippe Val : Marie Ben Bachir. Oeuvrant dans l’univers du théâtre elle-même, elle connaît bien le metteur en scène Arthur Nauzyciel : « Arthur monte la pièce Place des Héros, de Thomas Bernhard, et il cherche des gamins pour figuration. On pourrait lui proposer Hugo…

— Oui, pourquoi pas, expérience intéressante, si ça ne lui prend pas trop de temps, ça va se jouer où, à Paris ?

— Oui, en plein Paris, dans un théâtre plutôt bien côté, la Comédie française, tu connais ?

— Ah oui d’accord…

 

 

Rendez-vous est pris pour le casting dans un lieu aussi vétuste que sans doute magnifique du temps de sa splendeur, le Théâtre Récamier, Paris VIIe, une salle fermée car plus aux normes et qui sert pour l’heure de lieu de répétition à la Comédie française. Hugo s’y retrouve aux côtés d’une dizaine de gosses, candidats à la même chose. La Place des Héros ne nécessite qu’un gamin par représentation mais, avec le jeu des alternances — les enfants de cet âge ne pouvant en effet pas jouer tous les jours, c’est la loi —, le metteur en scène se doit d’en retenir quatre. Il les met sur scène les uns après les autres, les parents se rongeant la lunule en fond de salle, leur fait dire quelques mots, et au suivant. Quarante-huit heures après, coup de fil de Marie : « Super, Hugo a été retenu, Josépha Micard, l’assistante du metteur en scène va vous appeler. »

 

Le Français, ça rigole pas, c’est du lourd, tu sens bien où passent tes impôts. Profitant des répétitions et du fait que ma copine Danielle Durand, mon ex-assistante au Printemps de Bourges, est désormais adjointe du directeur de scène de la Comédie Française, je vais visiter toute la baraque, des sous-sols au grenier, et je vais en sortir très impressionné.

 

Au dernier étage, sous les combles, on trouve par exemple tout ce qui ressort des ateliers de costumes ; couturières, brodeuses, tailleurs, passementières, perruquiers etc., pas moins de vingt corps de métier, dont certains sont des espèces en voie de disparition et n’existeront bientôt plus que là, dans les combles de la maison de Molière, vingt corps de métier, disais-je, s’activent à l’élaboration de tenues de toutes époques propres à vêtir les multiples personnages des multiples œuvres du répertoire. Côté scène, idem, impressionnant. Tous les cintres supportant lumières ou décors sont informatisés, tu appuies sur un bouton et, en quelques secondes, le plateau devient machine spatio-temporelle pour t’offrir, à la demande, un environnement baroque du XVIe ou un décor aussi épuré que contemporain.

 

 

Hugo, entre deux répétitions, passera à la prise de mesure pour son costume, aux essayages et aura sa propre loge, au sous-sol. Curieux comme une fouine, ce jeune histrion aura vite fait le tour de la maison et notamment repéré le foyer où les M&M’s, barres chocolatées et autres fraises Tagada sont en open-bar à disposition des artistes.

 

Vient le jour de la première où les parents sont stressés, bouffis de trac, un peu façon Arthur Nauzyciel, alors qu’Hugo, lui, est aussi serein que l’inconscience. « Tu vas être, à 11 ans, sur une des scènes les plus prestigieuses de la planète, t’as pas le trac ?

— Euh… non, pour quoi faire ? »

 

La mère ayant fait péter une de ses plus belles robes, noire, sobre avec un rien de décolleté suggestif, le père ayant extirpé de la penderie — celle dont son épouse ne ferme jamais les portes — le costume et la cravate qu’il réserve pour tout ce qui est mariages et enterrements, les voici tous deux anxieux et installés dans une des corbeilles pourpre et or de la salle Richelieu.

 

 

Thomas Bernhard

Place des Héros, c’est pas la Cage aux Folles. La cage aux fous, peut-être. Comprendre qu’on est pas là pour rigoler, en pas loin de trois heures de spectacles, vu que Thomas Bernhard s’y désespère que, cinquante ans après la seconde guerre mondiale, soit en 1988, l’Autriche soit encore plus antisémite qu’en 1938, où le 15 mars précisément, la foule était venu acclamer Hitler sur la Heldenplatz de Vienne (Place des Héros) pour le remercier sans doute d’avoir envahi le pays. La pièce met en scène la famille de Josep Schuster, professeur d’université juif, au lendemain de son suicide — rappelant celui de Stefan Zweig — car brisé par la folie des hommes. Ultime œuvre de Thomas Bernhard, on plonge au coeur du plus grand drame du XXe siècle avec en prime cette persistance de l’antisémitisme argument même de la pièce.

 

Hugo nous avait prévenu : « Ma scène est à la fin du deuxième acte ». Imaginez la tension des parents quand on s’achemine vers cette fin là, le talent indiscuté de Thomas Bernhard ne suffisant plus à les maintenir dans le cheminement de la dramaturgie. On sent, montre en main, qu’on touche à la fin du second acte quand soudain la scène se vide de tout comédien, survient une musique d’outre-tombe et, surgissant de nulle part — en fait d’un escalier partant du dessous de scène — apparaît la tête de notre Hugo. Ténébreux dans son costume sombre tel le fantôme du suicidé — si j’ai bien compris la mise en scène de Nauzyciel —, il grandit marche après marche sur une rythmique mesurée, finit par émerger tout entier sur le plateau, regard perdu côté cour, se retourne lentement vers le public, observe un long instant les 2 000 personnes de la salle Richelieu tapis dans l’obscurité, puis rideau, fin du deuxième acte et fin de la première prestation de notre fils au Français.

 

Enfin presque, car nous eûmes droit à un petit bonus au final. Au théâtre, on répète tout, tout de la pièce, la seule chose qu’on laisse de côté, c’est le salut général. Ici Arthur Nauziciel n’allait pas échapper à la règle puisque se disant que répéter le salut pour des pro de chez pro, comme sont les pensionnaires et sociétaires du Français faisant ça à longueur d’année, était superflu. Il oubliait en cela son figurant de onze ans… Arrive la fin du dernier acte, rideau, applaus du public, réouverture du rideau rouge, tous les comédiens s’unissent main dans la main et s’alignent pour le salut de fin, Hugo étant le dernier en bout de ligne côté jardin. Et tout ça nous fait une belle rangée car, de mémoire, il y avait bien une douzaine de comédiens dans cette pièce. Au plein centre de l’alignement, le protagoniste principal, c’est lui qui, selon l’usage, donne l’impulsion première, suivi par tout le monde. Sauf qu’à onze ans, l’usage en question, on est guère familiarisé avec. Qu’est-ce que ça donne ? Très simple : c’est Hugo qui, heureux de saluer pour la première fois de sa vie sous les applaus d’une salle pleine à craquer, se courbe le premier, au grand étonnement — je l’ai vu dans son regard — du chef de la bande, ce qui fait que pour ne pas laisser un comédien saluer tout seul, surtout celui totalisant quand même une minute en scène, toute la rangée se retrouve soudain contrainte à se courber. Avant le second salut, la main d’Hugo s’est retrouvée écrasée par la poigne du comédien à sa gauche, du genre « déconne pas, c’est pas toi qui mène la danse », ce qu’il a compris dans la seconde, et la suite s’est déroulée dans les normes. Mais les parents, dans leur corbeille, ont bien rigolé.

 

Pour qu’assurément il puisse remonter un jour sur cette scène prestigieuse, les parents vont s’ingénier à faire poursuivre ses cours de théâtre à leur gamin et, alors qu’il atteint ses treize ans, s’avisent qu’à une portée de flèche de l’appartement familial du XXe arrondissement siège un des enseignements dramatiques les plus historiques de la capitale : le Cours René Simon. Avec une classe ouverte aux collégiens.

 

 

Cette Classe collégiens n’incorpore pas n’importe quel enfant sous prétexte que la famille a de quoi honorer la mensualité des cours, il convient d’auditionner, ce qui induit une phase d’appréhension autant pour les apprentis comédiens que pour leurs géniteurs. Qui ont le droit d’être présents à l’audition. La mère étant retenue par sa boutique de fringues, c’est donc le père qui sera en charge d’y représenter le trac du couple.

Christine Giua

Dans la salle Marcel Pagnol, un espace aménagé sous les combles, assis sur des bancs taillés pour des gosses mais guère confortables pour les grandes jambes des parents, je vais assister au sérieux avec lequel la prof, Christine Giua, envisage sa mission. Elle est douce et adorable avec ces gamins entre douze et quatorze ans, mais d’emblée, dès leur première montée sur scène, bafouillante pour certains, sautillante pour ceux qui se la jouent décontract, on comprend qu’elle ne va rien leur lâcher sans obtenir un minimum de résultats, le fantôme de René Simon hante encore les lieux et il n’est pas question que des comédiens, fussent-ils jeunots, attaquent sa mémoire par un jeu tenant du patronage. Main de fer dans gant de velours. Pour l’occasion, Hugo a appris un texte qui le ravit depuis qu’il l’a découvert dans la version frénétique — et donc très moliéresque — de Louis de Funès : la tirade de la cassette de L’Avare. Sans trou de mémoire mais en en faisant des caisses sur un texte qui prête d’ailleurs au surjeu, il va se sortir honorablement de cette audition, suffisamment en tout cas pour être tamponné admis par Christine Giua.

 

David Sztulman

Hugo fera deux ans dans cette Classe des Collégiens, avant un break de plusieurs années dû aux études, et ne reviendra au Cours Simon que dix ans plus tard, de 2016 à 2018, mais ce coup-ci dans la section Théâtre Loisir qui, une fois par semaine, ouvre sa scène aux adultes sous la férule, cordiale mais directive, du professeur David Sztulman. Un Sztulman qui se sera fait au passage toute la filiation de Lipowski vu qu’auparavant il avait également coaché le grand frère, mais Arthur, sans doute moins motivé — car plus porté sur la mise en scène que sur l’interprétariat —, y aura moins d’assiduité et ne poursuivra pas plus que nécessaire l’enseignement dramatique. Une fois l’an, en juin, les parents et amis sont conviés par le Cours Simon à venir applaudir ces comédiens en herbe, et ce dans une présentation de scénettes du répertoire dont le niveau de comédie, et les talents qu’on y devine, font vite oublier l’amateurisme qu’on pouvait s’attendre à y trouver.

 

Hugo et Molière

 

Le même, 10 ans plus tard.

 

Les cours d’art dramatique ont trois fonctions essentielles : la première est bien sûr d’apprendre à se tenir en scène en y créant un personnage ; la seconde réside dans les amitiés qui vont pouvoir se lier, en scène et au-delà, avec des gens qui partagent les mêmes ambitions que toi, sympathies qui à terme finissent par créer un réseau, trame plus que nécessaire, indispensable, à ce métier des arts qui ne fonctionne, à côté du talent, que sur la relation, justement ; la troisième consiste à se forger la cuirasse qu’il te faudra enfiler pour aller jouter dans les duels que sont les castings. On va y venir.

 

Classe de David Sztulman en 2017

 

Le père, pragmatique comme évoqué plus haut, se disant qu’un maximum d’expériences ne saurait nuire, inscrit en parallèle son cadet dans une agence spécialisée en gestion de jeunes comédiens, du bambin pour réclames de couche-culotte jusqu’à l’ado pour campagne de jeux vidéo. L’idée est de viser les tournages de publicités. Pourquoi la pub, car 1) expérience de tournage sur un plateau cinéma, 2) Ça prend peu de temps, en général une journée et donc pas de préjudice sur les études et en 3) c’est accessoirement bien payé car la pub a toujours des budgets conséquents. Halte là les exploiteurs d’enfants ! N’allez pas croire que vous allez changer de voiture en envoyant vos gosses au charbon, on n’est plus à l’époque de Germinal où les enfants bossaient dans les mines. Non, désormais et en France, toute rémunération due aux gamins est versée sur un compte de la Caisse des Dépôts et Consignations et bloquée jusqu’à leur majorité, les parents ne pouvant en percevoir que 10% pour remboursement des éventuels frais familiaux liés au travail desdits gamins.

 

Arthur, l’aîné, était déjà en son temps passé devant la caméra, sans l’intervention toutefois d’une agence vu que c’était une de nos propres productions qui nécessitait un gamin et donc pourquoi en référer à une agence alors que, des enfants, nous autres producteurs, on en avait tout simplement à la maison. En l’occurrence Arthur était apparu, à quatre ans, dans une pub pour couche-culotte, l’année suivante dans le court métrage que Carole Bouquet tournait pour Amnesty International, un peu plus tard dans le générique d’une émission produite pour TF1. Dans le montage qui suit, on va voir qu’Arthur aborde la comédie avec un rien d’esprit fantasque et que les directives du metteur en scène retiennent son intérêt à peu près autant que sa première couche Pampers. Dans la pub pour la couche-culotte, justement, il doit jouer le rôle d’un bambin photographe et on retiendra que, passé le premier plan, il n’a plus rien à foutre de l’appareil photo qu’on lui a confié, le réalisateur pouvant déjà s’estimer heureux qu’il ne sorte pas du cadre vu que, on le voit à l’image, il ne tient pas en place. Avec Carole Bouquet, comme je le raconte plus en détail dans le chapitre Écrire contre l’oubli, Amnesty International 4/7, il a un sérieux coup de pompe et s’endort carrément sur les genoux d’une des plus belles femmes de France. Dans le générique pour TF1, ça se passe mieux, faut dire qu’il est entre temps devenu un vieux comédien de 9 ans, mais s’il n’a pas brisé l’optique de la caméra au tournage, c’est que le fil de son yoyo n’était pas assez long.

 

Film Caddy City réalisé par Xavier Blaevoet ; Amnesty : Jean-Loup Hubert ; Générique pour TF1 : Daniel Ablin

 

Mais revenons-en au petit frère. Contrairement à ce qui était escompté, l’agence où était inscrit Hugo ne va lui trouver aucune pub mais que des propositions de casting pour des longs métrages. J’aurais dû m’en douter mais j’en avais la preuve manifeste : c’est fou ce que le cinéma ou les fictions télé consomment de gosses.

Hugo va donc se retrouver à donner la réplique à Jean-Pierre Bacri pour le film d’Agnès Jaoui Parlez-moi de la pluie, où il ne sera pas retenu (j’ai vu le film et j’ai trouvé, en toute objectivité n’est-ce-pas, que mon fils aurait été bien meilleur que l’ado finalement retenu), puis sera pressenti pour être au casting du film de Nicolas Tirard, Le Petit Nicolas, mais là c’est les parents qui ont dit non car deux mois de tournage, même en partie sur les vacances scolaires, je vous laisse mesurer la baffe que prend alors la scolarité. Survient alors le casting du long métrage d’Éric Vuillard, Mateo Falcone, adapté de la nouvelle éponyme de Prosper Mérimée. Éric Vuillard, réalisateur et auteur, on en a sérieusement entendu parler lors de la récompense littéraire qu’a reçu son bouquin L’Ordre du jour, prix Goncourt 2017. Excusez du peu.

 

Et on en arrive au fameux Cric du père évoqué en début de chapitre… Pour son casting, Éric Vuillard discute avec chaque gosse avant de les mettre face cam’ pour essais. Il leur explique notamment que son film va être essentiellement construit en plan séquence : « Alors qu’est-ce qu’un plan séquence ? » poursuit-il auprès de chaque candidat, étant donné qu’un ado n’est pas, a priori, au fait des techniques de prise de vue. Quand il en arrive à Hugo, même discours mais avant qu’il ait même le temps de se lancer dans son explication cinématographique, il entend Hugo lui renvoyer : « Oui, plan séquence, comme dans le film La Corde d’Hitchcock. » Un peu scotché de cette référence carrément cinémathèque que vient de lui servir son jeune interlocuteur, Vuillard lui demande : « Tu as quel âge ?

— Quatorze ans.

— Et à quatorze ans, tu connais La Corde

— Ok…»

Et oui il connaît La Corde, il l’a en effet vu avec son père qui lui a fait analyse d’image : « C’est un film en un seul plan, sur une heure trente, un seul plan séquence, pas de montage… Hitchcock, toutes les dix minutes, au changement de bobine de la caméra, s’arrangeait pour qu’un comédien frôle la caméra, ce qui masquait un instant son optique et donnait une seconde de noir-image où le monteur pouvait ensuite raccorder le plan suivant. En fait, c’est un faux plan séquence d’une heure trente, car coupé en réalité toutes les dix minutes mais, quand tu regardes le film, impossible de voir la coupe puisqu’elle est dans le noir.»

 

Eric Vuillard

 

Hugo passera ensuite aux essais caméra, mais pour le principe car, in petto, Éric Vuillard sait déjà qu’il vient de trouver son premier rôle. Le principal protagoniste de Mateo Falcone, c’est en effet un gamin qui va être victime de l’abrutissement traditionnaliste de ses aînés (en la circonstance celle des Corses, mais c’est pas moi qui le dit, c’est Prosper Mérimée).

 

Le tournage est pour le mois d’Août, sur dix-sept jours, et se déroulera sur les causses cévenoles au-dessus de Florac. Pas d’opposition des parents, on sera en vacances scolaires. L’agence discute le bout de gras avec le producteur, Emmanuel Schlumberger, celui-ci l’informant que ce long métrage n’a pas un gros budget. La cacheton du premier rôle est transigé au minimum syndical mais ce minimum, multiplié par dix-sept jours, représentera toutefois un bon pécule, versé donc à la Caisse des Dépôts et Consignations, dont jouira Hugo a sa majorité.

 

Et voilà, au jour J à l’heure H, les parents accompagnent leur premier rôle à la Gare de Lyon où ils retrouvent toute l’équipe de tournage s’apprêtant à embarquer dans un TGV. La mère, entraînée par les différents adieux, sur les quais de cette même Gare de Lyon, à chaque départ de ses rejetons en colonie de vacances, y retrouvera son ordinaire réflexe : elle pleure. Mais discrètement, derrière ses lunettes noires, son Hugo de quatorze ans est entouré de comédiens et techniciens et n’appareille pas vraiment pour la guerre, donc pas question de l’embarrasser en affichant la version fontaine d’une mama abusive (ce qu’elle n’est pas au demeurant, mais quand il faut pleurer, elle sait).

 

Bande annonce Mateo Falcone

 

Dans Mateo Falcone, on retrouve le souci poétique de Vuillard, lyrisme qui vient contrebalancer la dureté du conflit, filiation versus honneur, où va se trouver plongé le protagoniste principal. Peu de dialogues car l’expressionnisme des comédiens de la — très bonne — distribution suffit à l’histoire ; images magnifiques des causses signées par l’excellentissime directeur photo Yohan Charrin ; bande-son discrète mais soulignant les émotions là où il convient de le faire ; parfaite et sensible réalisation d’Éric Vuillard, à partir du moment où l’on accepte son parti-pris, voulu, revendiqué, de rythmique lente, à plans posés, réfléchis. C’est là où le père, scénariste lui-même, a un peu plus de mal à accrocher car, assurément, il n’eut pas traité l’histoire sur ce tempo. Mateo Falcone est à classer dans les films d’art et d’essai, pas de sang sur les murs, pas de clichés démago qui te valent une diffusion prime-time sur une chaîne nationale, c’est pour cela que ce long métrage aura un peu de mal à trouver un distributeur ; achevé en 2007, il attendra 7 ans avant de sortir sur les écrans.

 

Bernard et Josette Ruiz, nos voisins

On est en août 2007, Hugo vient de filer vers le Sud et ses causses des Cévennes, tandis que ses parents l’imitent en sautant dans un TGV suivant pour rejoindre leur résidence, à l’époque secondaire, de la Drôme. Une des premières choses que l’on fait en arrivant au soleil drômois, c’est d’aller dire bonjour à nos voisins les Ruiz, et en l’occurrence d’aller prendre des nouvelles de Bernard qui vient d’être sérieusement malade. Quelque temps auparavant, Bernard a en effet été victime d’un empoisonnement du sang, une septicémie venue de je-ne-sais-où, qui l’a vu frôler la mort, l’a collé un mois dans un lit d’hosto. Heureusement il s’en est sorti, a pu rentrer chez lui mais la balle est passée bien près et ce type, que l’on a connu si volontaire, si costaud, s’est fait déglinguer par ce coup du sort et tente désormais de se remettre. « Comment vas-tu Bernard ?

— Écoute, mieux, mais j’avoue que je me suis fait peur, et que j’ai foutu la trouille à toute la famille. Quoi de neuf de ton côté, on verra vos enfants cet été ?

— Arthur oui mais pas Hugo, figure-toi qu’il tourne un film, en premier rôle en prime.

— Super, surtout à son âge. Moi, j’ai tourné une seule fois dans un film, j’avais vingt ans, c’était un court métrage. Comment ça s’appelait déjà ? Ah oui, c’était adapté d’une nouvelle de Prosper Mérimée, ça s’appelait Mateo Falcone »

 

Tête du père.

 

« Tu plaisantes Bernard !

— En quoi ?

— Mais Mateo Falcone, c’est précisément le film que tourne Hugo !

— Non !?

— Si j’te dis. Incroyable coïncidence ! »

 

Voici ce qu’on pourrait appeler le premier acte du Que le grand Cric me croque, ou ce qu’un scénariste appellerait une préparation.

 

Rien à signaler sur les deux semaines qui suivent, hors les coups de fil réguliers de la maman à son fils pour vérifier qu’aucune meute de loups n’a attaqué Florac. On est fin août, toujours dans la Drôme, il est genre 22 heures et des poussières quand le portable du papa sonne. « Bonsoir, c’est Éric Vuillard, excuse-moi d’appeler un peu tard, je ne dérange pas ?

— Non Éric, pas du tout, alors comment ça se passe là-bas ? »

La mère, prête à imaginer la meute de loups surgissant nuitamment, est toute ouïe, mais comme elle n’entend rien, elle me fait signe de mettre le haut-parleur du portable.

« Tout va bien, le tournage est terminé, tout est dans la boîte… En fait, j’appelle à propos d’Hugo… Je suis dans sa chambre d’hôtel et on a un petit souci… »

La mère se rapproche du téléphone.

« Rien de grave, rassurez-vous. C’est un peu de ma faute aussi… Pour le tournage d’une situation située au XIXe, avec les costumes d’époque, j’ai fait porter à Hugo des godillots assez rustiques. Il les a mis sans chaussettes dedans, le frottement lui a esquinté les pieds, il ne s’est pas plaint, n’a rien dit ou rien osé dire, et le voilà à l’issue du tournage avec une méchante ampoule au pied gauche. Le toubib est venu voir ça, il est avec nous dans la chambre, il va s’en occuper. Mais hors ça, Hugo va bien, je vous rassure. Il est à côté de moi, je vous le passe.

— Allo Hugo ?

— Oui, c’était super ce tournage, j’ai appris plein de choses…

— Qu’est-ce qu’il a ton pied ?

— Une grosse ampoule, sous le talon, c’est douloureux quand je pose le pied par terre, mais ça va hein, j’ai juste la jambe enflée jusqu’au genou… »

Le père regarde la mère qui blêmit.

— Euh… ta jambe est enflée jusqu’au genou…? »

 

Voici que se déploie Le Cric, dans toute sa splendeur et à la vitesse de l’éclair : septicémie / empoisonnement du sang / jambe gangrenée / l’amputation voire la la mort / le voisin Bernard qui, incroyable coïncidence, a joué dans le même film… Incroyable coïncidence ou signe du destin pour mettre les sens en alerte ? A partir de là, le père et la mère échappent au rationnel pour entrer dans une sphère magique, romanesque, où les anges gardiens tirent sur les sonnettes d’alarme. Tout ça en une fraction de seconde, un flash. Dans la seconde suivante, je m’entends dire : « Tu peux me passer le toubib ?

— Bonjour Monsieur — une voix de femme —, oui, j’ai vu ça, ce n’est qu’une grosse ampoule et…

— Écoutez Madame, on va faire simple, le fait que sa jambe soit enflée ne me rassure guère.

— Certes mais…

— Y a un hôpital à Florac ?

— Ah non, pas ici, à Mende, c’est à une quarantaine de kilomètres mais avec les routes des Cévennes, on met bien…

— Vous partez tout de suite.

— Mais Monsieur, il est 22 heures 30 et…

— Tout de suite docteur. Pourriez-vous me repasser Éric ? »

Vuillard revient au combiné.

« Éric écoute, je ne veux prendre aucun, mais aucun, risque. Donc il serait bien que vous appareilliez maintenant pour l’hôpital de Mende.

— Je suis d’accord avec toi, j’ai moi-même une fille et si… On part tout de suite.

— Je vais faire en sorte de prévenir l’hôpital de Mende. »

 

Je raccroche et le coup fil suivant est pour Patrick Pelloux. Patrick, à l’époque, était patron des urgentistes de France, et de ce fait hyper médiatisé car ambassadeur des hôpitaux de service public et porte-parole des problématiques liés aux services d’urgence. Pelloux, je le connais bien car chroniqueur en même temps que moi à Charlie-Hebdo ; lors de l’assassinat du 7 janvier 2015, Patrick aura le redoutable privilège d’arriver le premier sur les lieux du drame et de constater, écrasé de douleur, le carnage perpétré par les frères Kouachi à Charlie.

 

Urgentiste dans l’âme, Pelloux répond à la première sonnerie de son portable. En une minute, je lui fais le topo. « Don’t worry Jean-Pierre, j’appelle tout de suite les urgences de Mende, ton fils sera bien accueilli. »

 

Je ne saurai jamais comment Patrick Pelloux a transmis l’info à Mende, comment il leur a mis la pression, mais quand Hugo débarque aux urgences, tout le personnel est au garde à vous, tapis rouge, un peu comme si on leur livrait un Président de la République après une tentative d’attentat. Côté Drôme, j’aurais bien du mal à convaincre la mère que filer, à 23 heures, sur Mende, trois heures de route, tapait dans l’excessif : « Il va être dans de bonnes mains, fait confiance à Pelloux et à sa tchatche, on avisera demain matin. »

 

Le lendemain, Hugo en ligne nous confirme que tout va bien, la jambe a dégonflé, et qu’il ressort incessamment sous peu de l’hôpital : « Il est super cet hosto, j’ai même une playstation dans la chambre… »

Service VIP, pensais-je, merci Patrick Pelloux.

 

Quand y a le feu, même apparemment sous contrôle, je suis du genre à bétonner, déformation professionnelle de producteur, je n’attrape pas un extincteur mais je secoue toutes les casernes de tous les pompiers du monde. Probablement qu’un double cachet d’aspirine et un peu de mercurochrome aurait suffit à éteindre cet incendie qui, vu de loin, pouvait ressembler à un feu de poubelle. Honnêtement, enfin il me semble, je ne suis pas de nature paranoïaque pour partir dans le premier Cric qui se présente. En revanche, s’il s’insinue le moindre doute, une parcelle de potentialité dangereuse, je suis du genre à convoquer un marteau pilon pour enfoncer un clou. Un peu le type de gars qui mettra des bretelles à son pantalon car doutant de la totale efficacité de sa ceinture. Moralité, et à cette heure, je n’ai jamais perdu mon pantalon et donc ne me suis-je jamais retrouvé le cul à l’air. On a sa pudeur quand même.

 

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