Pure et simple

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Pure et simple : les aventures d’une aventure

Novélisation, quand tu nous tiens !

Rappelons que novélisation, pour ceux qui n’assistent pas régulièrement aux séances de l’Académie française quand elle se penche sur l’inscription, ou non, d’un anglicisme dans la langue française, signifie : adaptation d’un scénario en roman. D’ordinaire, on fait le contraire, on part d’un roman pour en faire un film. Moi non, et deux fois de suite déjà, avec Louvre Story puis avec Pure et simple. Pourquoi ? Parce qu’il est frustrant, énervant, de voir roupiller sur une étagère un scénario lorsque celui-ci ne parvient pas à rencontrer le producteur cinéma ad hoc. On se décide donc, à partir d’une intrigue que l’on estime bonne, à repartir en écriture pour en faire un roman. Car le roman ne demande pas l’intervention de 50 personnes, contrairement au cinéma, il suffit d’un ordinateur, accouplé à de l’énergie et, accessoirement, à un rien de talent pour que tes personnages puissent soudain s’élever de la page blanche jusqu’à l’imaginaire du lecteur.

 

Mais avant l’aventure du roman, il y a donc celle du scénario, soit celle du projet de film, et les péripéties de Pure et simple sont suffisamment rocambolesques et à rebondissements pour que je m’autorise ici à vous les narrer. En prime, histoire de mesurer la détermination et l’endurance de l’auteur, ça ne prend pas cinq minutes ; en effet, entre la toute première écriture d’un script et les x fois où l’on remet le travail sur le métier pour aboutir à un dramaturgie qui se tienne, suivies des multiples démarches nécessaires à trouver l’attention du fameux producteur-ad-hoc, il se passe vite plusieurs années. Vous vous en doutiez ? Je vous le confirme.

Beau pas cher

L’écriture de Pure et simple est née d’un rêve — une fois de plus — où les personnages se sont imposés à moi, tout en s’accompagnant du souci de limiter l’ambition budgétaire du film qui pourrait en être fait. Pourquoi ? Je le raconte en détail au chapitre Louvre Story mais, pour résumer, fort de l’expérience acquise avec ce premier scénario, le Louvre Story précité, l’idée était de concevoir un huis clos ne mettant en jeu que deux protagonistes principaux, ce qui, en décors et personnages, cantonne le potentiel film dans un budget raisonnable. C’est toujours prudent avec le cinéma français.

 

Festival de Cannes

Au sortir de la version 21 du scénario, qui me semblait aboutie — à moi et à quelques professionnels de la profession —, j’entrepris un ami producteur lors d’un Festival de Cannes où je dirigeais en l’occurrence TV Festival, la chaîne officielle du Festival de Cannes. Cet ami, dont je ne peux citer ici le nom, on va comprendre pourquoi, venait de produire, avec succès (1,2 million d’entrées), son tout premier film ; fort de sa trésorerie, il réfléchissait à la suite. Il repartit de Cannes mon scénar sous le bras. Quelques temps après, il me rappelait : « J’adore ton script, je le produis ! ». J’étais bien sûr aux anges, je réussissais au premier essai. Puis il se passa bien deux mois sans que j’aie aucune nouvelle de lui. N’y tenant plus, je l’appelais au téléphone et je tombais sur un type au 36e dessous, dépressif. Il était au drame dans son couple : « Si tu veux en savoir plus, t’as qu’à lire le Libé d’aujourd’hui, mon affaire est en pleine page ». Ce que je m’empressais de faire, et là je découvrais qu’une star de premier plan avait une aventure, chopée au vol par les paparazzis, avec la femme de mon ami. Il fit donc un seul film, qui lui rapporta pas mal de sous, et abandonna illico le cinéma pour se lancer dans la finance. Comme au rugby, mon premier essai, réussi sur le coup, ne se voyait pas transformé.

 

Si vous savez quelle star se fait surprendre par les paparazzi, vous avez gagné une paire de double-rideaux.

 

Jean-François Stévenin

Ensuite il y eut Jean-François Stévenin, comédien que j’adore, et que je voyais bien, par son humour et sa folie, endosser le rôle d’un des deux protagonistes de Pure et simple : Victor. Je ne connaissais absolument pas Stévenin mais je me débrouillais pour avoir son numéro de téléphone. « Pas de problème, me dit ce type adorable, voici mon email, je rentre demain au calme dans ma maison des Vosges, je lirai votre scénar avec plaisir ». J’envoyais le PDF et, 48 heures après, Stévenin me rappelait : « Il est super votre scénario, ça m’intéresse, on peut déjeuner ensemble ? ». Ce que nous fîmes. Il est étonnant ce Stévenin, de gentillesse et de disponibilité, passé le hors d’œuvre, on a l’impression de le connaître depuis toujours.

 

Dialogues Films

Emmanuel Jacquelin

En regard de cet accord de principe, il me fallait un producteur. Je me rapprochais alors de mon ami Emmanuel Jacquelin qui, ex dir’ prod et prod exécutif, venait de monter sa propre boîte de production (Dialogues Films). Il découvrit le scénario, qu’il apprécia lui aussi, et fut d’accord pour tenter l’aventure. Il prit ses renseignements, copro, distributeurs, autour de l’éventualité d’un Jean-François Stévenin en premier rôle et les réponses furent grosso modo toutes les mêmes : « On adore Jean-François Stévenin, sans conteste, mais en tête d’affiche sur un scénar d’un auteur inconnu, sans réalisateur référencé, il n’est pas bankable. » Donc le talentueux Stévenin passait direct à la trappe.

 

Françoise Ménidrey

Françoise Ménidrey

Souhaitant faire l’inventaire des comédiens potentiels, Emmanuel fit alors parvenir le scénario à Françoise Ménidrey, l’historique directrice de casting. Emmanuel me rappelle peu de temps après pour me dire : « On déjeune avec Françoise tel jour, j’aime autant te rassurer tout de suite, elle adore ton scénar. » Au déjeuner qui suit, je vais avoir du mal à maîtriser mon ego, Ménidrey n’en finissant pas d’encenser mon écriture : « Sans mentir, je lis des scénarios tous les jours, et le vôtre, je vous l’assure, est rare ! Vous avez beaucoup de talent Monsieur ». Puis elle cite tous les acteurs, hommes et femmes, qui seraient parfaits dans les deux rôles principaux. Au sortir du dej’, je ne peux m’empêcher de relativiser les choses et je glisse à Emmanuel : « Elle dit beaucoup de bien du script car elle veut emporter la direction de casting.

— Détrompe-toi. Elle ne crachera pas sur un boulot qu’on lui amène, certes, mais je connais bien Françoise et je l’ai rarement vue aussi enthousiaste sur un projet. »

 

Dithyrambe de Canal +

C’est à ce moment là que je voulus, pour test, avoir un avis aussi extérieur que patenté. Branché professionnellement avec l’équipe fiction de Canal, je soumets le script en scénario fiction, bien que pour moi ce soit a priori un projet cinéma. Il est transmis à un lecteur, que je ne connais ni d’Ève ni d’Adam, et dont la fiche de lecture me revient très vite. Mon scénario se voit refusé en fiction télé — il ne correspond pas à ce moment là au format one shot de Canal —, mais emporte toutefois l’enthousiasme dudit lecteur. Ne manquez pas, un peu plus bas, cette fameuse note de lecture, elle est dithyrambique (dans l’email que le lecteur envoie à Canal avec sa note de lecture, il commente : « C’est à mon sens le meilleur scénar que j’ai eu à lire cette année ».)

 

Albert Dupontel

Le moral au beau fixe mais Stévenin mit sur le banc de touche, il convient que nous nous remettions en quête, avec le soutien dans l’ombre de Françoise Ménidrey, d’un autre comédien pour le personnage de Victor. Emmanuel Jacquelin me soumet alors le nom d’Albert Dupontel. « J’adore Dupontel, dis-je, c’est pour moi un des comédiens les plus performants de sa génération, mais il est un peu jeune pour le rôle de Victor, non ?

— Le créneau du personnage de Victor est entre 55 et 70 ans, n’est-ce-pas ? Il suffirait de vieillir un rien Dupontel. Je connais bien Albert pour avoir été dir’ prod’ sur un des ses films. Je lui envoie ?

— Ok, on le tente. »

Se passe trois semaines puis coup de fil d’Emmanuel : « Dupontel aime ton scénario, on boit un pot avec lui, tu es libre tel jour ?

— Je veux mon neveu. »

 

Le rendez-vous se fera au bar américain d’un grand hôtel parisien. Je découvre là un Dupontel adorable mais en rien en pétard sur le dernier film qui le voit en premier rôle. « Le réalisateur de… (absent ici le titre du film que je ne souhaite pas citer) n’a rien écouté de ce que je lui ai dit au montage. Je me suis cassé le burnous dans ce fichu film en prenant au passage pas mal de risques sur le tournage, car pas de doublure, tout ça pour un têtu qui n’a rien retenu de ce que je lui suggérais. Moi aussi je suis réal, et je vois bien où ça merdoie. Au final, le film se plante. C’est préjudiciable pour le film, bien sûr, mais aussi accessoirement pour moi qui suit la seule tête d’affiche, et qui donc recule d’un cran au box-office.

— Et donc, dit Emmanuel qui voudrait bien en venir au fait, tu as aimé le scénario de Jean-Pierre.

— J’étais en train de m’infuser une tripotée de scénarios m’attendant sur mon bureau, sept en l’occurrence. Six me sont tombés des mains, le septième était le vôtre. Pour tout vous dire, je suis en train d’écrire un scénario en huis clos, et je souffre pas mal pour maintenir la dramaturgie dans un espace fermé. J’ai lu votre huis clos, Jean-Pierre, et là, respect, ça vous empoigne et ne vous lâche pas. Donc oui, ça m’intéresse, mais je ne ferai pas sans conditions : la première, c’est que je ne veux pas être seul à l’affiche, fonction de l’expérience précédente, il me faut donc en face une comédienne de haut niveau. La seconde condition réside dans le réal, il faut du lourd.

— Tu penses à quelqu’un ? intervient Emmanuel.

— Oui, Jan Kounen.

— Je connais bien Jan, dit Emmanuel, je peux lui faire lire le script. »

On a payé les deux bières et le café, et on s’est quitté sur ces bonnes paroles.

 

Un mois après, Jan Kounen avait lu le scénario, il rappelle Emmanuel : « Bof, bien écrit, ouais, mais c’est vraiment pas ma tasse de thé. De toute manière, je ne suis pas dispo avant un bon moment, j’entreprends une grosse prod pour Studio Canal. Donc Emmanuel, tu m’oublies. »

 

Bruno Solo

Jan Kounen planté, il nous faut un autre réalisateur et ce n’est pas évident dans ce fichu pays de France où les réalisateurs aiment à être les propres scénaristes de leurs films. Le hasard d’une discussion avec un ami journaliste cinéma m’emmène alors vers Bruno Solo. « Bruno, je le sais, me dit mon copain journaliste, s’attaquerait bien à la réalisation. Je te file son numéro, appelle-le de ma part, envoie-lui ton scénario. » Ce que je fais. Il se passe une bonne quinzaine et, alors que je suis en production en province, sonne mon portable. « C’est Bruno Solo, je ne vous dérange pas ?

— Non non, allez-y.

— Écoutez, j’ai lu votre scénar, que j’ai beaucoup aimé, mais je ne fais rien sans mon coach, qui en l’occurrence est ma femme. Elle a lu votre scénar avant de s’endormir l’autre soir, elle a fait ça d’une traite car embarquée par l’histoire. Elle adore !

— Écoutez… c’est fantastique…

— Sauf que… y a un truc que je ne comprends pas. Je n’ai pas encore l’âge du premier rôle.

— Ah, mais je ne vous l’ai pas envoyé pour ça, mais pour la réalisation, en effet mon ami Stéphane Bergouhnioux m’a dit que vous caressiez l’idée de réaliser…

— Il n’a pas tort. On se fait un dej’ ? »

 

Au déjeuner qui nous réunit, Solo, Jacquelin et moi-même, Bruno réitère son attachement au scénario puis il poursuit : « J’ai un souci toutefois, sans vouloir ni pouvoir me plaindre, j’ai un planning de folie pour les temps qui viennent, rôles au cinéma, en fiction télé ainsi que mises en scène de théâtre, je ne touche plus terre, donc quand vais-je pouvoir faire ça… ? »

Silence à table, très vite coupé par Bruno qui reprend : « Vous pensez à qui pour Victor ? »

Emmanuel cite Dupontel.

« Hum… J’adore Dupontel, c’est un comédien exceptionnel, mais… comment vous dire ? Je le sens moyen en Victor. J’ai vu quelqu’un d’autre en lisant.

— Qui ça ? interviens-je.

— Patrick Chesnais. »

Alors là j’applaudis des deux mains en mon for intérieur car Chesnais, je craque ! Le genre de type à qui tu files le bottin, il te tire les larmes, d’émotion ou de rire.

« Chesnais, vous en dites quoi ? s’inquiète Solo.

— 100 % ok, répondons-nous de concert.

— Ok… Alors écoutez, je connais très bien Patrick, je lui envoie le scénar. S’il dit OK, c’est simple, je fais le film. »

 

Sans mentir, il ne s’était pas passé une semaine qu’on avait le retour de Chesnais (merci à tous les comédiens qui savent lire vite !). Il aimait le scénario et se déclarait prêt à rencontrer le scénariste. J’allais me faire le plaisir, authentique car j’adore ce type, de me précipiter chez lui, boulevard Saint Germain. Salon, café servi par Josiane Stoléru, et tchatche avec ce personnage de talent, aussi grand que sa taille.

« J’ai vraiment apprécié votre scénario, les personnages sont forts et plus qu’attachants, et notamment le rôle de Victor que Bruno me propose. J’ai quelques petites choses à dire sur la dramaturgie, mais vraiment des petits trucs, hors ça, ça roule, ça vous embarque.

— Pas de problème, dis-je, de bonheur transi, on retravaille ensemble quand vous voulez. »

On évoque un brin de timing car son planning à lui aussi est chargé et on se quitte.

 

Studio Canal

Au Festival de Cannes suivant, où je suis de fait sur le terrain puisque toujours producteur de TV Festival, Emmanuel a pris rendez-vous avec Studio Canal. Café-jus-d’orange sur leur stand du Marché du Film et Emmanuel y va de son discours juste après que j’ai pitché le projet. Au nom de Bruno Solo, Studio Canal s’étonne mais ne récrimine pas : « Idée surprenante mais intéressante. » Puis on en vient au casting Chesnais. Là, ça coince un brin. « Pas trop bankable en ce moment pour vous parler franc, explique Studio Canal, il vient de se ramasser avec tel film (là aussi on évitera de citer le titre). »

À cette réserve, je renvoie : « Normal, le réalisateur de ce film est de talent, comme toujours, et Chesnais y est parfait, comme toujours, mais l’histoire est mal torchée, n’accroche pas, on s’en fout. Au final, c’est une daube.

— Je vous remercie, me dit notre interlocuteur de Studio Canal, c’est nous qui avons coproduit le film.

— Et bien vous avez coproduit une daube ! dis-je, oubliant carrément la diplomatie dont j’orne ordinairement mon discours.

— Je vous laisse le scénario de Jean-Pierre, enchaîne Emmanuel pour chasser l’ange qui passe.

— Merci dit le gars, mais je me dois toutefois de préciser que, selon la nouvelle politique de Studio Canal, on a décidé de ne partir aujourd’hui que sur des films français promettant de faire au minimum 800 000 entrées France. »

D’accord, me dis-je, et bien ils vont vite faire le tri.

 

On n’aura jamais de retour de Studio Canal sur le scénario, ils aiment ou pas, on ne sait toujours pas, mais sur le moment, casting + réalisateur + scénariste inconnu au bataillon, l’ensemble n’appareillait pas pour eux vers les 800 000 entrées.

 

Script Doctor

Jérôme Soubeyrand

J’ai bien senti que cette position de Studio Canal lui foutait un coup sur le carafon à Emmanuel ; normal, si le plus gros partenaire du cinéma rechigne à aller plus avant sur un projet, le producteur flippe. Et c’est alors que survient le doute, chez lui d’abord mais c’est un mal contagieux qui atteint vite les scénaristes à qui peut manquer une intime conviction et qui ont toujours un bon sac de doutes à portée de main. Il me fait part alors de sa propre réflexion sur la construction de la dramaturgie, puis de son idée de faire appel à un ami commun, scénariste et script doctor de son état : Jérôme Soubeyrand. J’apprécie beaucoup l’écriture de Jérôme donc j’accepte.

 

Nous poursuivons notre travail avec Bruno Solo, avec un Jérôme Soubeyrand présent qui, fort de quelques exemples, va expliquer ce que selon lui il conviendrait de modifier dans l’histoire. A son écoute, Bruno, qui aime bien le scénario tel qu’il est, semble dubitatif. Comme moi, non pas en auteur floué, je suis prêt à retravailler le texte, mais ce qu’annonce mon ami Jérôme bouleverse le script de fond en comble, et il me semble que cette reconstruction ne débouche pas, a priori, sur un scénario plus performant, alors que, tel quel dans sa vingt-et-unième version, le texte a déjà séduit pas mal de monde.

 

Suivra un début de boulot avec Jérôme Soubeyrand, qui me verra notamment développer un background sur trois générations aux deux héros de Pure et simple, mais très vite ce qu’il me propose, à tort ou à raison, ne rencontre pas mon agrément et j’annonce, tant à Jérôme qu’à Emmanuel, que je ne suivrais pas cette voie. Emmanuel étant soudain un producteur démotivé, ce que je peux comprendre, nous décidons, fort amicalement car j’adore ce type, loyal, respectueux des autres, de cesser là notre collaboration.

 

Daniel Leconte

Daniel Leconte

Festival de Cannes suivant — il s’est donc déjà passé trois ans —, je bois un coup avec un autre ami producteur, Daniel Leconte (Doc en Stock et Film en Stock) : « J’ai un scénar que j’aimerais bien te faire lire. Je te préviens tout de suite, ce n’est pas à proprement parler ta tasse de thé, on n’y traite pas de terrorisme, de géopolitique ou de sociologie, mais je crois que c’est une belle histoire d’amour impossible, de recherche de paternité, mêlant, je l’espère avec talent, comédie et drame. » Leconte repart de Cannes avec le scénar et me rappelle quelques temps plus tard : « C’est bien ton truc, il est vrai que ça ne rentre pas dans ma ligne éditoriale, mais, pour t’aider, je veux bien m’associer à tes efforts et voir si l’on peut monter l’affaire. Pour ce qui est de Bruno Solo, pour tout de dire, j’y crois moyen. Il est très bien en comédien mais, au registre réalisateur, il a peu d’heures de vol.

— Il a bien compris le film.

— Je n’en doute pas, outre qu’il est très sympathique, le gars est intelligent. Si on s’inscrit plutôt, et a priori, dans une perspective cinéma, j’ai peur qu’il manque un peu de souffle. Si tu es d’accord pour que je te soutienne dans le projet, je crois qu’on doit écarter Bruno, on aurait ainsi le loisir de partir sur de nouvelles bases. Question brute : tu ne veux pas le réaliser toi-même ?

— Ah non Daniel, producteur au quotidien, je sais ce qu’induit le fait d’être réal, soit de bonnes journées shootées à Lexomil, et j’avoue que j’ai passé l’âge des anxios.

— Mais tu connais les conséquences, tu risques de t’estimer trahi à l’écran…

— Je sais, je prends le risque, si on écarte Bruno, tentons alors de trouver un réal qui sache écouter ce que lui dit l’auteur. »

 

Et j’ai appelé Bruno Solo pour le débarquer, un Bruno que j’ai trouvé parfaitement conciliant, il culpabilisait en effet de ne pas savoir quand il pourrait s’atteler concrètement à l’affaire : « Écoute, je te mets à l’aise, l’important est que le film se fasse, avec ou sans moi, le scénario est de qualité, tu devrais arriver à tes fins. Une requête toutefois : quand tu montes le film, garde moi le rôle du flic, il est trop bien. Bon vent et fais-nous ça bien ! »

Adorable Bruno.

 

Idée folle

Me vient alors un délire en tête, j’appelle Leconte : « Dis donc, je viens de percuter sur une idée barrée, pour quelqu’un qui pourrait occuper les deux postes à la fois, tant acteur que réal ; je suis sûr que c’est une bonne idée, et en même temps je la crois difficilement réalisable.

— Dis toujours.

— Malkovich…

— Whaoouh, mais oui, c’est une putain de bonne idée !

— Et oui, Malko parle Français, avec accent mais mon personnage de Victor peut devenir un américain installé en France, et c’est un réalisateur subtil qui saurait, à mon avis, sublimer, enrichir le script.

— On le tente !

— D’autant que si on la chance d’accrocher Malkovich, on peut tout à fait envisager de doubler les prises afin de mettre en boîte, en même temps, une version française et internationale. Il suffit alors de trouver une comédienne bilingue pour donner la réplique à Malko ?

— Laquelle ?

— Charlotte Le Bon ? »

Et à partir de là, on tente Malko, par tous les accès possibles à cet homme qui, visiblement, se protège et filtre les propositions.

 

Hollywood

A un moment donné, perplexe devant mon piétinement pour faire avancer les choses, je me dis : Et si on tentait Hollywood ? » Je m’attache à trouver un traducteur acceptant d’aller plus loin que la pure traduction et donc oeuvrant à une véritable adaptation. Je travaille alors à déplacer l’action en Angleterre, à reprendre le background des personnages, leurs dialogues, enfin bref, je transforme cette histoire somme toute universelle en une dramaturgie se déroulant dans un environnement anglais. C’est sur ce texte que travaille mon traducteur américain, épaulé des emails quotidiens que nous échangeons. Je touche enfin sa version finale, la lis. Malgré mon épouvantable niveau d’Anglais, je vois bien que, sans toucher à la dramaturgie, la trad a affadi les situations, plombé les dialogues. Je fais relire à une amie américaine, Raelyn Larson. Elle me confirme que, certes, le scénario est entré dans un classicisme qui l’appauvrit. Elle travaille deux semaines avec moi sur les dialogues puis me propose de faire appel, pour supervision, à un de ses amis qui est traducteur littéraire : « Tu le sais ou pas mais, à deux pas de chez toi, tu as un traducteur comptant dans le top ten du métier, une brute, qui a notamment repris les œuvres les plus emblématiques de Mark Twain, ou qui vient de cosigner la nouvelle traduction d’un livre aussi culte que difficile : Ulysse de Joyce. »

 

Bernard Hoepffner

Deux jours plus tard, je buvais un café avec cette brute de traduction qu’est Bernard Hoepffner. Qu’était, il a dramatiquement disparu en mai 2017. Dans son bureau encombré de milliers de livres, il me déclare : « Tu sais, l’univers du scénario n’est pas mon domaine, mais bon, je veux bien relire ta version anglaise, avec en regard le scénario original en Français, et je te dirai alors ce que j’en pense. » Il relit et me confirme que, oui, c’est pas trop mal adapté mais que l’anglo-américain qu’on y trouve est académique, un rien désuet, et qu’il ne correspond plus trop au langage courant, en Angleterre ou aux US. Il accepte alors de bien vouloir mettre les doigts dans la prise. Trois jours plus tard — Bernard Hoepffner dormait peu la nuit —, ce bourreau de travail me rendait une nouvelle version, bourrée de modifs.

 

M’étant décarcassé pour trouver un certain nombre de coordonnées de prod américaines, — ce qui est un parcours du combattant —, j’envoie le pitch et le synopsis de mon Pure AND simple de l’autre côté de l’Atlantique. Je passe ici les inévitables « Nous n’avons pas sollicité cette proposition, on la met à la poubelle illico, best regards », pour ne retenir que les treize producteurs qui souhaiteront lire le scénario. Sans agent ricain pour défendre le bébé, je n’aurais pas d’écho des douze premiers mais le treizième,

Christian Taylor

Christian Taylor (Taylor Lane Productions, Los Angeles) me confirme en retour qu’il a beaucoup aimé, que ça l’intéresse et qu’il voudrait bien aller plus loin. Informé de nos efforts sur John Malkovich, il me dit que ça serait, évidemment, a big deal, d’autant plus que l’on peut effectivement envisager de performer les deux versions du film, française, anglaise, sur le tournage même. « Mais question, me dit-il dans un échange téléphonique où son épouse, bilingue, fait office d’interprète, pourquoi un Français écrit-il un scénario en Anglais alors que, visiblement, il maîtrise peu la langue ?

— Mais le scénario original est en français.

— Ah bon !? Alors bravo pour cette adaptation car j’ai vraiment cru que j’avais en main un scénario anglais original. »

 

Quelques mois plus tard, n’ayant plus trop de nouvelle de ce Taylor, je le recontacte pour découvrir qu’il est en plein développement sur d’autres films, que ceux ci s’avèrent compliqués, et qu’il n’a plus trop le temps de suivre mon projet : « Je te rends ta liberté, ne compte pas sur moi pour l’heure. »

 

Shit !

 

Zabou Breitman

Sans nouvelle aucune de Malkovich, Daniel Leconte travaille à chercher un réalisateur : « Zabou Breitman ? me souffle-t-il.

— Ah oui, bonne idée, j’aime beaucoup la comédienne et la réalisatrice a signé de superbes films. »

 

Au dîner qui nous réunit chez Leconte en compagnie de quelques amis, je serais bêtement impressionné par Zabou qui apparaît comme une femme certes au caractère forgé, mais en même temps tout à fait à l’écoute. Du coup, j’annone quand il s’agit de faire, à table, le pitch du film. Au sortir du dîner, Zabou s’apprête à appeler un taxi et, ayant bien l’intention de rattraper mon inconsistance de la soirée, je lui propose de la déposer chez elle. Dans la bagnole, je me retrouve plus à l’aise et m’exerce à lui vendre un peu mieux mon scénario. Qu’elle emporte en me quittant.

 

Huit jours plus tard, je suis au Festival de Cannes (on en est donc au quatrième), Zabou sur mon portable. « J’ai lu, c’est une bonne histoire, c’est bien écrit mais… tu veux mon avis ?

— J’attends que ça.

— C’est tellement précis ton truc, tes personnages sont tellement cadrés, les actions claires avec une mécanique dramaturgique qui se tient, bref, tu as tellement le truc en tête que c’est toi qui dois réaliser, pas un autre. Tu maîtrises parfaitement ton sujet, moi, réal, je n’ai pas ma place là dedans, je n’y trouve pas assez d’espace de réalisation. »

On en vient à parler du casting. « Il y a quelques comédiens — il faut des très bons — qui peuvent endosser le rôle de Victor, Depardieu — s’il veut bien mincir un peu —, Poelvoorde, Arestrup, Auteuil, Darroussin, Bacri et d’autres. Chesnais est ok ? Oui, pourquoi pas Chesnais…

— On a une idée folle : Malkovich…

— Ça, ça serait extraordinaire !

— Oui mais on rame.

— J’imagine, mais qu’est-ce que vous avez à perdre ? Faut pas lâcher, si vous arriviez à le convaincre, avec un rôle parfait pour lui et lui signant la réal, c’est le grand chelem ! Côté rôle féminin, et donc relativement jeune comédienne, ce n’est pas aussi évident… » Suit une énumération de noms que je me garderais bien de répéter ici, Zabou ayant des idées, forgées par l’expérience, assez tranchées en ce domaine : « Machine, elle est nulle ! Titine, ouais, pourquoi pas mais c’est pas le meilleur choix ; ah non, celle-là, outre qu’elle minaude et joue comme un pied, elle est chiante comme la pluie sur un tournage !

— J’ai bien une idée mais à chaque fois que je l’émets, les gens rigolent.

— Dis toujours.

— Charlotte Le Bon.

— Magnifique ! Ça c’est une vraie bonne idée ; les gens qui rigolent sont des cons et ça prouve qu’ils ont un feeling nul. Le Bon est une remarquable comédienne ; outre qu’elle est super craquante, c’est l’école nord-atlantique, ils sont capables de faire mille choses, de se mettre en danger, ce qui n’est guère le cas de nombre de nos comédiennes françaises. »

 

Entrée du Patio de Canal+, port de Cannes

Quelques heures après, pot au Patio de Canal+ avec Daniel Leconte et son producteur exécutif Raphaël Cohen. Je leur rapporte la conversation que je viens d’avoir avec Zabou. « C’est ce que je dis depuis le début, commente laconiquement Daniel.

— Me foutre la rate au court bouillon à diriger mon film, je ne suis pas sûr d’avoir, à mon âge, l’énergie.

— Mais une fois que tu es dans le jus, surenchérit Raphaël, tu prends les problèmes les uns après les autres et, je t’assure, ça le fait. Et puis tu n’es pas tout seul sur le bateau, Daniel est là, je peux l’être, pleure pas avant d’avoir mal ! »

Coincé entre mes deux presse-livres, je capitule : « Bon, alors vous l’aurez voulu, ok, je consens à m’y coller. Reste qu’on a intérêt à avoir un casting en acier, car ce n’est pas sur mon nom que vous trouverez le fric, quand bien même le film ne coûte pas cher. »

 

Le frangin de la star

Retour à la case Malkovich, pour le casting, officiellement, bien qu’en moi-même, si réponse positive, je ne renonce pas à l’idée de lui voir prendre en main la mise en scène. Malko aura eu trois scénarios, dont un en main propre dans la version anglaise. Au final, no way, on a jamais de retour, quel qu’il soit, oui ou non. Là, je commence à sérieusement fatiguer car, sans tête d’affiche bankable, pas de financements envisageables. Puis une nouvelle idée m’assaille : Victor, le premier rôle masculin du film, est un cabot de grande facture. Et on n’en possède un en France, au talent d’exception. Selon moi. Il se trouve que je suis copain avec son frère. J’appelle d’abord une amie commune, Olivia Salès, pour lui faire part de mon idée d’appeler le frangin : « Houlà, je pense qu’on doit souvent lui demander à Michel d’être entremetteur pour son frère. Michel t’aime bien mais je ne suis pas sûr qu’il fasse ce que tu espères. »

— Ça se tente, non ?

— Ça se tente… »

 

Et c’est ainsi que j’appelle Michel Luchini. Michel visiblement m’apprécie car, face à ma demande, il ne soulève pas les obstacles envisagés : « Je veux bien essayer, je déjeune avec lui la semaine prochaine, mais tu sais, Fabrice est imprévisible, et je suis bien placé pour le savoir. »

Fabrice Luchini aura par deux fois, à quelques mois d’intervalle, le scénario en main propre : « Ok, je vais lire ça » mais, un peu façon Malkovich, on n’aura aucun retour, ni en bien ni en mal. Je renonce alors à emmerder mon copain Michel par mon insistance.

 

Coma artificiel

A partir de là, les bras m’en tombent un peu, d’autant que Daniel Leconte, accaparé par ses propres développements, n’est guère disponible pour mon affaire. Je m’embarque alors sur de nouveaux projets d’écriture — adaptation en roman de mon premier scénario Louvre Story, édition d’un autre roman Histoire à vous couper l’envie d’être pauvre, développement de mon webroman Otium — qui vont largement accaparer mes journées. Le scénario Pure et simple se voit mis en sommeil pour un bon moment, reste à savoir quand on va pouvoir le tirer de ce coma artificiel.

 

Le film en 2019

A ma demande, Daniel Leconte m’a rendu complaisamment ma liberté, et je suis donc reparti en quête d’un nouveau producteur car quoi ? les multiples témoignages des professionnels précités attestent que cette histoire, avec ses personnages forts, ses situations à suspens et sa tonalité entre humour et drame, a le pouvoir de séduire ceux qui la découvrent. Mais si sortir un roman, a fortiori quand on est son propre éditeur, est relativement simple, en faire le film est une toute autre affaire, tant en termes d’interlocuteurs qui interviennent – des dizaines -, qu’en termes financiers évidemment. Abandonner toutefois un scénario sur une étagère, sous prétexte que l’on se heurte à la problématique de la production cinématographique — chose dont on est parfaitement averti au départ — serait une renonciation incohérente avec l’intérêt que des comédiens de renom, des réalisateurs et des producteurs lui ont, dans mon cas, marqué. Reste donc à trouver « le bon producteur », celui qui, appréciant le scénario, aura la capacité de l’emmener jusqu’à sa destination finale : l’écran. On s’y emploie.

 

Le roman

Dans un roman, on n’est plus limité au sempiternel format des deux heures cinématographiques, je me pose alors la question d’introduire dans le récit le background de mes deux personnages principaux. Au cinéma, le background d’un protagoniste — ou son passé, tout simplement et pour parler français — sert de référence d’abord au scénariste pour construire son personnage de façon cohérente, ensuite au comédien pour étayer l’interprétation qu’il va devoir en faire. Dans le roman, l’entrée en jeu du background, en l’occurrence la vie des aïeux de mes deux héros va avoir une double fonction : un, la vertu romanesque de vivre des existences semées d’embûches — le propre même du romanesque et de l’existence —, d’autant qu’on remonte dans le siècle et que les mœurs passées nous rappelle qu’une société et sa morale évoluent constamment ; deux, le pouvoir d’expliciter, par les gènes, l’hérédité, le comportement de nos deux héros d’aujourd’hui. Ce faisant, j’emprunte allégrement les charentaises d’un certain Émile Zola avec ses Rougon-Macquart, mais, délurés comme vous êtes, vous m’aviez bien sûr vu venir.

 

Au final, le roman Pure et simple s’avère plus riche que le scénario, normal car il ne se limite plus au Temps T de l’action mais se développe en profondeur ; on retrouve d’ailleurs ici la différence entre film et série, le film où tout se joue en deux heures alors que la série en x épisodes permet d’enrichir et l’action et les personnages.

 

Le titre

Là, c’est l’horreur absolue, et on se rappelle vite, pour peu qu’on l’ait oublié, qu’écrire court, en raccourci, est bien plus complexe qu’écrire long. En quelques mots, il convient en effet de trouver une symbolique de toute l’histoire qui, en prime, soit accrocheuse pour le public au cinéma, pour le lecteur en librairie. La quadrature du cercle. Soit le titre s’impose d’entrée de jeu, impérial, de la première ligne jusqu’au mot fin, soit tu commences à en faire des listes à l’infini. Sans mentir, ce film et/ou roman, a en réserve un listing de plus de 130 titres… Au tout début, ça s’appelait La Cave, mais le côté sombre inquiétait les gens à qui on le soumettait, puis il y eut, entre autres et avec une forte propension aux rongeurs : À bon chat bon rat, Combat de rats dans une tunnel, Échec et rat, La souricière, La rat était dans la tombe, Les Emmourés, Les Misérats, My Kingdom for a rat (titre soumis à Malkovich…), Raméo et Juliette, Un Cercueil pour deux, Pure et Simple, Le Roi de rats, ce dernier titre évoquant le roman Le Roi DES rats de mon camarade et  écrivain Maurice Frot, paru chez Gallimard.

 

Les rats en couverture ?

Roi de rats du Musée Zoologique de Strasbourg

Le dessin de couverture évoque un «Roi de rats», que l’on peut d’ailleurs écrire avec deux autres orthographes : «Roi des rats» ou «Roi-de-rats». Un Roi de rats, donc, est un phénomène rare, tellement rare d’ailleurs que sa réalité est contestée ; il s’agit d’un regroupement de rats dont les queues sont entrelacées les unes aux autres, prises dans une gangue de paille, d’excréments et de poils. On a, à cette heure, aucune explication plausible à ces paquets de rats qui sont pour certains légende, mystification, pour d’autres singularité de la nature, se voyant justifiée par des exposés pseudo scientifiques ou carrément saugrenus. Mais, pour traduire le sous-texte à cette histoire, cet enchevêtrement de rats, liés ensemble, à la vie à la mort, est la parfaite allégorie du destin de mes deux protagonistes, Victor et Julie, définitivement enchaînés par un nœud aussi ancien que dramatique.

 

Roi de rats, peinture signée Caroline de Lipowski

Au final, j’ai préféré retenir le titre Pure et simple adapté de l’aphorisme d’Oscar Wilde : « La vérité est rarement pure et jamais simple » ; parvenu à la fin du roman, on comprend, théoriquement, le pourquoi de cette vérité qui sort d’un puits où elle aurait, au final, mieux fait de rester.

 

4e de couverture du roman

Où est passé Victor Hesseler ? Et Julie Soubeyrand, volatilisée ? Lui, le vieux prof, et elle, sa jeune collègue, ont disparu au même moment.

Alors que tous leurs proches s’inquiètent de leur disparition, Victor et Julie se retrouvent dans une situation aussi souterraine que potentiellement mortelle : en huis clos, plus que clos, avec un rat pour seul témoin.

Au premier enjeu, sortir vivant de leur piège, vient sourdement s’adjoindre un second : le passé de Victor Hesseler ne recèle-t-il pas le secret inavouable qui leur vaut d’être dans ce piège ?

Dans ce duel sensuel et labyrinthique, riche en péripéties, suspens et impasses, les pulsions de vie de la jeune femme s’opposent à celles du vieux professeur, fantasque, drôle et suicidaire. Ira-t-on toutefois jusqu’à l’union d’éros et de thanatos au mépris de la morale ?

Cette intrigue, jonglant entre humour et drame, nous contraint à l’empathie, « Que ferions-nous à leur place ? », et maintient la tension jusqu’à son ultime rebondissement qui, au final, pose une singulière question : « Happy end ? ».

 

Jean-Pierre de Lipowski signe ici un thriller psychologique où les protagonistes voient leurs destins s’entrelacer comme les queues de ces rongeurs liés, à la vie à la mort, par un « Roi de rats »

 

La note de lecture de Gilles Romele

Unité fiction Canal +

PURE ET SIMPLE

Genre : Huis clos

Auteur : Jean Pierre de Lipowski

Matériel : Continuité dialoguée

Commentaires :

Un scénario parfaitement maîtrisé, tant au niveau des dialogues, des caractères, de la visualisation que de la gestion des situations.

 

Le pari n’était pourtant pas évident. Difficile en effet de s’enthousiasmer pour une histoire qui se passe les trois quarts du temps dans une cave où deux personnages vont vivre cinq jours enfermés. Même si l’on peut imaginer quelques rebondissements (les différentes tentatives pour s’en sortir), on voit mal ce qui va faire tenir la durée du film sans que jamais le spectateur ne s’ennuie. Le pari est donc gagné puisque l’on suit avec intérêt toute l’histoire. L’auteur est suffisamment habile pour nous amener sur une histoire de wodunnit à un seul personnage, le suspect s’amusant à jouer avec les soupçons qui pèsent sur ses épaules. Victor est tellement bien caractérisé qu’il arrive même à nous amener à cette conclusion « Même s’il est coupable, qu’est-ce que ça change ? ». Les accusations sont pourtant lourdes. Mais Victor a tout du monstre charmant. Une réussite qui fait que l’on n’est pas frustré de ne pas avoir eu de réponses franches aux différentes accusations.

 

Même enfermé, on respire. Au moment où l’on se lasse doucement de la cave, les personnages trouvent un passage qui mène au couloir, plus grand, possédant une cheminée menant vers l’extérieur. On respire donc. On ne passe d’ailleurs pas tout notre temps en leur compagnie ce qui nous permet de reprendre notre souffle quand la situation risque de durer en sous-sol.

 

Les personnages sont donc extraordinaires, Victor en tête. Ce sexagénaire manie le verbe à la perfection, ce qui lui permet souvent de s’en sortir par un bon mot, par une pirouette. Quant à Julie, elle a aussi sa puissance. D’abord parce qu’elle mène son enquête avec conviction mais pas avec fanatisme. Elle est consciente qu’elle a en face d’elle un drôle de type, capable d’inverser la situation en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Parce que les caractères sont excellemment bien dessinés, parce que les dialogues risquent d’agacer s’ils sont joués par des acteurs médiocres sous une direction moyenne, « Pure et simple » ne peut être interprété que par des acteurs confirmés ; apparaît ici l’occasion d’un duel entre ancienne et nouvelle génération d’acteurs, un duel donnant tout son poids à cette aventure en sous-sol. On se voit déjà rêvant au casting idéal… Preuve de la réussite de ce texte.

 

Bref, ce jeu du chat et de la souris est une réussite à tout point de vue qui ne demande qu’à trouver un producteur, des acteurs, des moyens, mais qui n’aura sans doute pas de difficultés à amener les spectateurs. Un scénario de très grande qualité, donc.

 

Gilles Romele

 

On le trouve où, ce roman ?

Pure et simple, version papier-broché ou ebook, est disponible sur commande :

en librairie (avec simplement le titre et/ou son ISBN Bookelis/Hachette : ref à venir)

ou sur Amazon (lien à venir)

Les prix : 16 € en broché, 5,99 € en Ebook.

Mais si vous souhaitez le roman dédicacé par l’auteur – sortant alors sa plus belle plume – envoyez moi un message via la rubrique « Contact » de ce webroman et je vous indiquerai  la procédure à suivre.

 

 

Coming next : Les Lipowski Aussie, le film