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Bio pas bio

 

Toujours le même…

 

 

Toute œuvre – et Otium en est une, n’est-ce pas ? – nécessitant une biographie de l’auteur, voici la mienne.

 

Évidemment, comme je ne fais rien comme les autres, ma bio se doit d’épouser mon esprit un peu tordu. On va la faire façon Pierre Desproges. Je m’explique, flash-back…

 

En 1986, on prépare le deuxième spectacle de Pierre pour le Théâtre Grévin. On pourrait dire second spectacle car on dit second quand il n’y a pas de troisième ; là, de fait, il n’y en aura pas de troisième…

 

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L’affiche pour le Théâtre Grévin (photo Michel Birot)

 

En 1986, je suis attaché de presse de Pierre. Tout dossier de presse nécessitant un CV de l’artiste, je demande à Pierre de me faire une bio. « Ah non, pas ça, ça me chier d’avance » me répond-il avec l’enthousiasme qu’on lui connaît quand il n’a pas envie de se taper un pensum. « Fais-la toi, c’est toi l’attaché de presse.

– Ok » dis-je, coincé par l’argument imparable. Plongeant dans sa carrière, avec l’aide d’Hélène, son épouse, je sors une nomenclature d’événements chronologiques, basique de chez basique. Je lui remets ça. Il lit le papier, pouffe, puis prend un stylo et, sous mon regard inquiet, commence à écrire des trucs dessus. Me le rend. Je lis, j’éclate de rire à mon tour. Passé notre réjouissance commune, je me dis que, avec ces rajouts de sa main, c’est pile poil ce que je veux pour le dossier de presse, une bio pas bio, une qui ressemble vraiment à Pierre.

 

Je lui propose donc de laisser ça tel quel, juste de repasser en maquette car son écriture rapide et pattes de mouche est limite lisible. Ce n’est donc pas son écriture qui apparaît sur la bio Desproges que je vous offre ci-dessous pour mémoire, et pour le fun, c’est celle d’un maquettiste riche d’une graphie lisible. A propos de lisible, il vous faut cliquer sur l’image pour l’avoir en grand sinon on ne voit rien.

 

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Si vous allez sur le site officiel de Pierre Desproges (http://www.desproges.fr/), ce que je ne saurais trop vous conseiller, vous y trouverez une version avec une chronologie allant au-delà de 1986 et se bouclant sur cette mention :

« 1988. Avril. Pierre Desproges est mort d’un cancer. Étonnant non ? »

Pour la petite histoire, cette ultime mention est due à la plume de Jean-Louis Fournier, son réalisateur attitré de l’époque, aujourd’hui écrivain. Cette formule, laconique et pour le moins desprogienne, fit le tour des rédactions car c’est le communiqué familial qui arriva à l’AFP le 19 avril 1988, soit au lendemain du jour où Pierre ferma les yeux à l’Hôpital Américain.

 

Quelques années plus tard, je sors mon roman La Grande Boulange. Pour la circonstance, mon éditeur m’impose l’inévitable pensum de la biographie. Comme c’est le genre de truc qui gave tout le monde, tant à écrire qu’à lire, je décide de pondre un CV un peu délirant, et pour partie complètement pipeau. Le voici ci-dessous, revisité de mes annotations, celles-ci s’appliquant à séparer le vrai du faux.

 

Planches-contact d'un photographe de talent (il m'enjolive) : Michel Birot.

Planches-contact d’un photographe de talent (il m’enjolive) : Michel Birot.

 

Jean-Pierre de Lipowski

Sa vie, son œuvre

 

 

Le Comte de St Germain

Le Comte de St Germain

Particule rudimentaire (référence à Houellebecq, bien sûr) – Corrigeons en préambule une idée fausse : malgré une vague ressemblance, Jean-Pierre de Lipowski n’est pas le comte de Saint-Germain. (Alors là… pourquoi le Comte de St Germain ? Avec le recul, je pense que c’est la référence à cette haute figure du XVIIIe, aventurier, érudit, soi-disant alchimiste et immortel, habile à entortiller le vrai avec le faux, qui, pour moi à l’époque, était la parfaite ouverture à une bio mêlant le véridique à l’affabulation totale. Cela dit, quand je mets une perruque, c’est tout moi.)

 

 

Son physique ne lui offrant pas l’héraldique port qu’il eut espéré, il est très tôt contraint de limiter sa noblesse à la particule attachée à la famille Lipowski.

 

Blason polonais

Blason polonais

Nous reproduisons ici les armoiries des Lipowski, polonaises pour l’origine et françaises pour l’aïeul qui, fuyant la Pologne dévastée, rejoint en 1795 le Directoire, celui la même qui suit cette Révolution ayant réinventée la démocratie pendant que le Docteur Guillotin redécouvrait le fil à couper le beurre. (Précision pour le vrai du faux : les blasons des Lipowski sont ici parfaitement authentiques.)

 

 

 

 

Blason branche française

Blason branche française

 

Vicomte décoiffé – Si on prend pour argent comptant qu’il est comte, ce qui reste à démontrer, Jean-Pierre de Lipowski nait donc vicomte, pas vraiment coiffé, au début des années 50, probablement à Paris. (Ca, c’est pipeau ; mon père – adoptif – Stanislas de Lipowski, était de fait comte. Mais le vrai vicomte, en l’occurrence, était son fils ainé, Serge de Lipowski. Serge nous ayant, comme mon père, lui aussi quitté, le titre de vicomte est revenu depuis à Jacques de Lipowski, le second fils. Bon, dans cette France assez républicaine, on ne peut pas dire que cela serve à grand chose mais il convenait quand même de rendre à César…)

 

Malgré ses allégations littéraires qui ne font que souligner des tendances paranoïaques (pas du tout, c’est de l’humour, moi paranoïaque !?), il connaît une enfance heureuse dans un milieu petit-bourgeois aristocratique, compromis sociologique ne faisant plus guère paradoxe.

 

Le goût des belles lettres – Pressentant chez l’enfant un penchant prononcé pour les mauvaises fréquentations, ses parents vont s’ingénier à le protéger de lui-même en lui faisant poursuivre des études dans des établissements aussi privés que catholiques. (Vrai.)

 

C’est au Collège de Juilly — historique pensionnat comptant des élèves illustres tels Jean de la Fontaine, Montesquieu, Jérôme Bonaparte ou Jacques Mesrine (authentique) — que lui vient le goût immodéré des belles lettres, notamment celles où il reçoit de l’argent.

 

Sorbonne – Humanités faites, notre bachelier voit un consensus familial le pousser vers la carrière diplomatique. Un oncle, attaché culturel à l’Ambassade du Caire, croit en effet reconnaître dans la naturelle duplicité du jeune homme le parfait profil du futur diplomate. (Fake… Pas eu le Bac, j’étais à l’École Hôtelière à l’âge où on le passe ; humanités mon œil, enfin si le latin mais pas le grec, et pas d’oncle émargeant au Quai d’Orsay.)

 

Fort de cette détermination qui l’habite quand les autres prennent des décisions à sa place, c’est en mai 1968 que nous retrouvons Lipowski remontant le boulevard Saint-Michel vers son inscription en Sorbonne. Mais on se souvient des encombrements de l’époque : refoulé vers la Seine, il finira par entrer à Jussieu. (Compliqué car vrai et faux. En 68, j’étais pas sur les barricades car amoureux complètement transi d’une brune, Michèle, et, avec les grèves, désespéré car y avait plus de métros pour aller la voir. Pas de Sorbonne donc mais fac de Jussieu oui, pour des études cinéma.)

 

Le Vrai Chic Parisien – Inscrit en faculté, cet helléniste distingué va très vite s’en tenir à la seconde partie du mot amphithéâtre ; aussi, c’est dans les cafés du même nom que nous le retrouvons essentiellement l’année suivante. (Vrai : j’étais fait pour l’hôtellerie comme un pingouin pour voler, donc j’ai très vite lâché les loufiatteries au profit du café-théâtre.)

 

La nouvelle vague du café-théâtre n’a pas encore pris l’ampleur qu’on lui connaîtra plus tard que, déjà, il fréquente assidûment ces lieux démagogiques que sont la Vieille Grillele Port du Salut et autres Café de la Gare du regretté Romain Bouteille.

 

Le premier Café de la Gare créé par Romain Bouteille. Repris par Coluche, il deviendra le Vrai Chic Parisien.

Le premier Café de la Gare créé par Romain Bouteille. Repris par Coluche, il deviendra le Vrai Chic Parisien.

 

Pour ce qui est des mauvaises fréquentations, l’échec parental est patent lorsqu’il s’acoquine avec une compagnie théâtrale pour différents happenings au goût plus que douteux. C’est notamment en cette mauvaise compagnie qu’il investit le Vrai Chic Parisien dont feu Coluche, le créateur du lieu, a brûlé les planches quelque temps plus tôt. (En fait, les mauvaises fréquentations, celles que redoutaient mes parents et qui m’ont valu d’aller au Collège de Juilly, c’est à Juilly même que je les aie rencontrées, en la personne de Philippe Val qui, quelques années plus tard, s’acoquinera avec Patrick Font ; tout ça donnera notre troupe du Vrai Chic Parisien, un label créé par Coluche et dont il fera cadeau à Font et Val en 1975.)

 

La troupe du Vrai Chic Parisien en 1976, Patrick Font, Patrick Siniavine, Moi (en Corneille, la perruque me va bien), Philippe Val, Eliceda Castro, Nadine Mons.

La troupe du Vrai Chic Parisien en 1976, Patrick Font, Patrick Siniavine, moi (en Corneille, la perruque me va il est vrai très bien), Philippe Val, Nadine Mons, Eliceda Castro.

 

Théâtre en chambre – Vers le milieu des années soixante-dix, il tente de faire cavalier seul. Bien qu’empreintes d’un opportunisme très prometteur, ces premières œuvres dramatiques le sont vraiment ; aussi se voient-elles rejetées par nombre de directeurs de théâtre dénués, selon lui, de toute clairvoyance.

 

Incompris, déçu, inapte à circonvenir les femmes en discothèques (malheureusement vrai), Lipowski crée alors le mouvement Théâtre en chambre.

 

Lipo pipe Cabu 2Théâtre en chambre s’inscrit dans une optique résolument avant-gardiste. Bien qu’inspirée du réalisme synthétique, cette dramaturgie s’écarte de la méthode Stanislasvki en cela qu’elle pousse au paroxysme l’univers gestuel des acteurs, généralement limités à deux. Elle n’a pour tout décor qu’un lit, celui de l’auteur lui-même, et réfute totalement la notion de public. (« Qu’en termes élégants, ces choses là sont mises » comme dit le Philinte de Molière… Il faut tout de même y comprendre ce qu’il y a à comprendre, Lipowski a un bon coup de plume mais elle ne lui sert pas uniquement à écrire…)

 

 

Malgré la calvitie naissante de l’auteur, il semblerait qu’à l’époque Théâtre en chambre rencontre un certain succès, sans pour autant qu’on puisse en préciser le nombre exact de représentations. (Vantard… A un moment donné, certes, je me suis aperçu que nombre de femmes étaient sensibles aux charmes des dégarnis du caillou, ce qui retourna le complexe du chauve à mon avantage, il faut toujours positiver ; en revanche, de là à dire qu’on ne comptabilise pas le nombre des conquêtes, il n’y a qu’un pas que le hâbleur que je suis n’a pas hésité à franchir.)

 

 

Lipo et Daniel Colling en pleine discussion au 3e Printemps de Bourges (1979, photo JL Bouchart)

Lipo et Daniel Colling en pleine discussion au 3e Printemps de Bourges (1979, photo JL Bouchart)

Diplomatie artistique – Vers la fin des années soixante-dix, les lourds investissements que réclame Théâtre en chambre contraignent Lipowski à s’inquiéter d’une rente régulière. Délaissant alors l’univers théâtral, il s’engage dans le show-business et se proclame attaché de presse, profession qui, de son aveu même, « est aux médias ce que le papier collant est aux mouches ». (Vrai ; en 1976, j’abandonne la troupe du Vrai Chic Parisien pour aller bosser avec Daniel Colling, d’abord dans l’agence artistique Ecoute s’il pleut, puis pour la création du festival Le Printemps de Bourges, enfin aux Théâtre de la Gaîté Montparnasse et à L’Espace Gaîté. J’aime bien cette formule « aux médias ce que le papier collant est aux mouches » car c’est exactement ça.)

 

Sous un pseudonyme — ses parents vivent très mal que, voué à la diplomatie d’État, leur fils soit devenu ambassadeur de saltimbanques —, notre homme va désormais pourvoir aux destinées médiatiques de nombre d’artistes : Areski et Brigitte Fontaine, Jean-Roger Caussimon, Marianne Sergent, Font et Val, Rufus, Francis Huster, Luis Régo, Dominique Lavanant, la Troupe des Bronzés (avec ses Josiane Balasko, Gérard Jugnot, Michel Blanc, Thierry Lhermitte), Jean-Marc Reiser, Michel Lagueyrie, Pierre Desproges… (Et on en oublie pas mal.)

 

Europe 1 – Les années 80 le voient renouer avec l’écriture. Au grand désespoir d’une importante station périphérique dont nous tairons le nom, il est en effet auteur pour une émission hebdomadaire à prétentions humoristiques. (L’émission, de Michel Lagueyrie, s’appelait Le Syndrome de ma sœur dans la caravane passe, elle durera toute une saison.)

 

Michel Lagueyrie

 

 

Tournage d'un film d'étudiant à Jussieu (on excusera le pull).

Tournage d’un film d’étudiant à Jussieu (on excusera le pull).

Passé cet épisode à l’entier bénéfice de ses émoluments, il s’oriente vers la production télévisuelle (c’est là, après Europe, que je me retrouve en fac, à Jussieu, pour une année d’études cinéma). Heureusement pour la qualité des programmes d’alors, l’essentiel de ses projets d’émission connaissent auprès des chaînes le même succès que ses premières œuvres théâtrales. (J’ai notamment pris un bide auprès d’une chaîne, naissante en 1984, Canal+, avec le projet Temps Forts. Quelques années plus tard, Canal+ inventera le Zapping, soit le concept même de Temps Forts, mais tout ça est naturellement une pure coïncidence, les idées appartenant, on le sait, à ceux qui les réalisent…)

 

Incompris, déçu, il crée alors le mouvement Télévision en chambre. Il ne reste aujourd’hui, et c’est heureux, que peu d’images de ces séries documentaires. (J’en ai retrouvées mais elles sont payantes, et très chères.)

 

 

Cagliostro des médias – Malgré les péripéties judiciaires qui suivent cette période trouble — aujourd’hui encore il clame son innocence et affirme que la plupart des constats d’adultère furent orchestrés par la police — (faux, je ne touchais pas aux femmes mariées), le milieu des années 80 le retrouve très introduit dans les lofts parisiens à la mode. Ce Cagliotro des médias, bien que professant haut et fort un anarchisme bon teint, reste toutefois entièrement dévolu à ses ambitions, cette époque le voyant fréquenter plus souvent que nécessaire l’establishment culturel de gauche. (Vrai, car pas de connaissances à droite.)

 

Bedos-Cirque-D-hiverUne telle abnégation mondaine lui vaut maintes responsabilités dans la production télévisuelle : films pour le Printemps de Bourges (il est vrai que, faisant partie des membres fondateurs du festival, il en est également à l’époque directeur de la communication), documentaire autour de Jacques Higelin, Clips rock pour M6, captations de Pierre Desproges, Guy Bedos, événement de prestige pour la Mission du Bicentenaire. (No comment, tout est juste.)

 

 

De ces différentes productions, c’est étrangement la plus courte qui lui laisse un des meilleurs souvenirs : un film publicitaire pour le Printemps de Bourges, intégralement tourné à l’Élysée par autorisation exceptionnelle de François Mitterrand, dont le casting réunissait Serge Gainsbourg, Charles Aznavour, Manu Dibango, Jean-Louis Aubert et autres croquenotes. (Vrai, bien sûr, cf. 1988 – Le Printemps, Mitterrand et moi.)

 

La part d’ombre – Fin des années 80, ce personnage que l’on a vu si actif se montre soudain discret. Sur ses activités, lui d’ordinaire si prolixe, le voici évasif. Il semblerait que la rédaction d’un premier roman, La Grande Boulange (Presses de la Renaissance), soit à l’origine de sa disparition des scènes parisiennes.

 

Couverture Grande Boulange 2La Grande Boulange se veut autobiographique et relate le casse, soi-disant authentique, de la Banque de France. Certains se veulent bien informés et prétendent que cette affaire de la Grande Boulange n’est que totale fiction…

 

En tout état de cause, et face à des rumeurs qui à l’évidence trouvent source à la singularité du personnage, cet ambigu roman se doit d’être prudemment assorti de l’avertissement consacré selon lequel toute ressemblance avec des faits ou des personnes existants serait purement fortuite. Il n’en demeure pas moins qu’à partir de là nombre de questions autour de Jean-Pierre de Lipowski restent sans réponse, l’origine extrêmement floue de ses revenus n’en étant pas la moindre. (Tu parles, c’est pas l’origine qui était floue, c’est les revenus tout court.)

 

Bienséance – Le début des années 90 le voit revenir à la production télévision. En solitaire — position qu’il affectionne et qui le protège sans doute des trop grandes curiosités —, il dirige les productions ou est le producteur de bon nombres de choses, la plupart étonnamment honorables : la série Écrire contre l’oubli réunissant 60 stars pour Amnesty International, amnestyinter

 

six clips de Bernard Lavilliers, Claude Nougaro à l’Olympia, un prime time Patricia Kaas… Seule dérogation à cette bonne conduite, le Charlie Hebdo in the Tunnel, fiction produite pour Arte… ! mais le naturel, comme on le sait, a besoin de revenir au galop.

 

On ne s’étonnera donc pas que ce même début des années 90, le voit signer la rubrique médias-culture du brûlot Charlie Hebdo rejaillit alors de ses cendres, d’où son accointance avec le dessinateur Cabu qui aura la faiblesse de faire son portrait ou la couverture de sa Grande Boulange. (No comment, c’est certes romancé mais tout est vrai.)

 

Les années en société – Dans la deuxième partie des années 90, l’isolement semble lui peser puisqu’il accepte la proposition d’un réalisateur-producteur très en cour dans le paysage audiovisuel français (Renaud Le Van Kim),

Renaud Le Van Kim et Virginie Ledoyen (Cannes 2004)

Renaud Le Van Kim et Virginie Ledoyen (Cannes 2004)

ce dernier lui offrant de poser les fondements de la toute nouvelle société qu’il vient de créer. Cette société allant par la suite devenir importante, il nous semble préférable d’en taire ici le nom (KM Productions). On ne peut s’empêcher de penser que c’est là l’occasion pour Lipowski d’accroître un entregent qui, déjà, s’avère conséquent.

 

Au registre des zones d’ombre et des censures, notons que Lipowski n’opère jamais sous son vrai nom en matière de productions mais continue de recourir au pseudonyme qu’il s’est choisi bien des années plus tôt. (Oui et non… en fait c’est le monde à l’envers : mon pseudo de Lipowski va au final prendre la place de mon état civil d’origine, JP Moreau, et c’est Moreau qui va donc devenir le pseudo. Vous n’avez pas tout compris ? C’est pas grave, moi j’essaye depuis des années et j’avoue que je me mélange encore.)

 

Lipo producteur, croqué par Pierre Osawa

Lipo producteur, croqué par Pierre Osawa

Durant des années, au titre de directeur des productions et producteur, il mène la vie trépidante et stressée des dirigeants télévisuels ayant le vent en poupe.

 

 

 

 

 

 

tour-eiffel-milleniumImpossible de citer ici les dizaines de productions que signe cette société et que supervise Lipowski ; dans les choses remarquées citons la série documentaire pour Canal + Le Cinéma de…, avec notamment Juliette Binoche, Catherine Deneuve et Fabrice Luchini, le festival de musique classique de Nantes La Folle Journée, pour Arte, six productions autour de Pierre Desproges, le Triptyk de Bartabas, J-1 Un Monde de Géants, le show d’ouverture de la Coupe du Monde de Football 98 en mondovision, celui-là même dont les quatre géants nous bloquèrent la circulation dans Paris une journée entière, ou le Millenium, soit ce passage à l’An 2000 qui nous bloqua la circulation pendant huit jours ; selon Lipowski, il faut ici se satisfaire que le feu d’artifice de la Tour Eiffel ait été, de toutes les réjouissances planétaires de ce réveillon 2000, le spectacle plébiscité par les 2 milliards de téléspectateurs de la mondovision. (C’est la meilleure audience qu’ait jamais faite une production sur laquelle je bossais.)

 

Arrivé au 21e siècle, il ne s’assagit pas pour autant puisqu’on retrouve encore son pseudonyme attaché à la production de la Cérémonie des César de Canal+, à TV Festival, la chaîne officielle du Festival de Cannes éditée par Canal+ et Orange, aux 160 épisodes de la série fiction Le Train pour Canal+ou aux quatre saisons de la série musicale One Shot Not de Manu Katché pour Arte.

 

 

Lipo Cabu sac 2Cinéma – On se doit toutefois de reconnaître au personnage des ressources assez étonnantes. En parallèle des toutes ces productions nécessitant disponibilité et énergie, ne trouve-t-il pas le moyen de signer un premier scénario de long métrage : Louvre Story ?

 

Quand on l’interroge sur le pourquoi de ses élans scénaristiques aux dépens du roman, ses premières amours, il les justifie entre autres par le manque de temps. On s’en serait douté.

 

Louvre Story la une

 

 

Malgré le tissu relationnel qu’il s’est forgé depuis des années, ce premier scénario ne rencontre pas le succès escompté. Des producteurs, et non des moindres, s’y intéressent mais ne poussent pas plus loin car pâlissant à l’investissement qu’il représente. Il est vrai que Lipowski y a été ambitieux et a un trop vite confondu les capacités du cinéma français avec celles d’Hollywood. Qu’à cela ne tienne, il envoie son scénario là où il peut trouver preneur, outre-Atlantique. Heureusement, son lobbying s’arrêtant aux frontières européennes, ce Louvre Story n’a pas encore trouvé de producteur suffisamment fou pour répondre aux délirantes exigences de notre homme. (Louvre Story est une magnifique idée mais qui, il est vrai, coûterait une blinde à produire… faudrait que je m’y remette…)

 

De bonnes sources – Ce début de troisième millénaire peut nous laisser inquiets, Lipowski s’est en effet une nouvelle fois volatilisé. Décrétant être fatigué de la production télévision dont il estime avoir fait le tour, il se serait enfermé pour renouer avec l’écriture. Ses projets comprendraient notamment la mise en chantier du second scénario de long métrage qu’il a commis, Pure et simple, la version littéraire de son Louvre Story et enfin un concept d’écriture qu’il envisage depuis des années, un webroman baroque qui aurait pour nom de code Otium.

 

Double personnalité – Des intimes qui persistent à le fréquenter — une relation dont la vénalité n’est sans doute pas étrangère — le disent aujourd’hui atteint d’une forme de schizophrénie… Un seul nous éreintait, devrons-nous désormais en supporter deux ?

 

 

Frank Tenaille

 

(Pauvre Frank, mon copain journaliste… ne pouvant signer cette bio où, sans vergogne aucune, je vantais mes mérites, je lui en avais fait à l’époque endosser la paternité. Bon, je l’avais prévenu quand même.)

 

Lipo et Frank Tenaille (1984)

Lipo et Frank Tenaille (1984, photo J.L. Bouchart)

 

Bonus

 

Pour vous récompenser d’avoir tenu jusqu’au bout de cette consternante apologie de moi-même, un bonus. Comme vous ne faisiez peut-être pas partie des 2 milliards de téléspectateurs qui ont suivi le Passage à l’An 2000 en mondovision, voici un extrait du film Paris 2000 (copyright ECA2 – KM – SNTE) offrant l’exceptionnel feu d’artifice de la Tour Eiffel qui marqua le minuit du 31 décembre 1999 à Paris, un feu dû au talent (et à l’énorme travail !) des artificiers du Groupe F. Vous n’avez pas, ici, la captation télévision mais le tournage 35 mm de la caméra que nous avions placée en face, sur la Palais de Chaillot. Voilà, c’est parti pour 4 minutes 20 secondes du genre rares.