1999 – Juin, Camarde de fin de siècle

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Ma maman et moi, jetée de Deauville, 1968

Jetée de Deauville, ma maman et moi, 1968.

 

Avertissement : il vaut mieux être en forme pour lire ce chapitre, soit pas trop dépressif ou alors si on l’est, savoir effectuer une compensation avec cette philosophie rudimentaire qui tient en peu de mots : « C’est la vie ». En même temps, si l’on est adepte de cette simple philo, on n’est pas dépressif. Ou alors c’est qu’on a oublié le rudimentaire.

 

Je vais tenter, selon le style me venant au fil de la plume, de vous faire sourire, au sein d’un sujet grave, un peu à la manière de la comédie italienne mêlant allègrement drames et réjouissances, cette tragi-comédie que j’affectionne car elle s’applique à être le reflet de la vie, mais c’est un vœux pieux que ma plume accomplira peut-être. C’est pas sûr. On verra.

 

C’est parti mais, attention, il va vous falloir du souffle car ça va toucher des histoires de familles qui, de mon côté, je sais pas pour les autres, ne sont jamais simples.

 

On est le 1er juin 1999, je suis dans mes bureaux de prod’ de KM à Boulogne Billancourt et je viens de lancer une des plus lourdes productions de ma carrière, celle qui nous vaudra deux milliards de téléspectateurs en mondovision : Le Millénium. Cette précision professionnelle pour dire que les catastrophes t’arrivent dans la tronche sans vraiment choisir le bon moment, soit celui où tu n’as que ça à foutre de les gérer, à moins que ce soit l’inverse, perverses, elles choisissent le moment le moins opportun.

 

logo millenium

 

Qu’est-ce que le Millénium ? Le Millénium est la production, pour TF1 et la mondovision, du Passage à l’An 2000, soit cette journée entre deux millénaires allant du 31 décembre 1999 au 1er janvier 2000. (Les arithmétiques coupeurs de cheveux en quatre soutiendront, avec raison, que le 3e millénaire commençait en fait en 2001, mais nous épousons ici l’inconscient collectif pour qui l’apparition du chiffre 2 000 dans le calendrier symbolisait l’entrée dans cette nouveau ère.) Pour accompagner ce moment historique, TF1, en partenariat avec la société de prod’ américaine WGBH qui fédère pour l’occasion 50 grandes chaînes de télévision mondiales, a décidé de produire un direct de 30 heures non-stop faisant la relation des événements français saluant ce passage dans un nouveau millénaire. TF1 a confié à KM la production de cet énorme direct, 30H sans débander, c’est pas rien, Renaud Le Van Kim, notre PDG-réalisateur en sera le producteur exécutif, et il y aura trois directeurs de production pour gérer le bazar : Jean-Louis Charrat, administrateur de l’Info de TF1, Arnaud Crétaigne et moi-même pour KM.

 

 

Je n’irai pas plus loin, ici, dans le récit de cette véritable aventure de télévision vu que ce Millénium nécessite un chapitre à lui tout seul, ce préambule est juste là pour préciser que l’on a lancé le barnum depuis début avril (le Millénium nécessitera 8 mois de préparation ; en avril, on était une dizaine sur le chantier, on finira à 2 500 pour ce Réveillon du siècle), et que nous sommes, ce 1er juin 99, sous pression car il est fortement question de sortir un budget pour cette opération, Etienne Mougeotte et Patrick Le Lay, les deux patrons de TF1, l’attendant avec impatience. Nous nous écrasons donc au quotidien le citron du ciboulot pour inventer, véritablement inventer, les multiples lignes de ce budget prévisionnel infaisable pour la bonne raison qu’on ne sait pas encore vraiment ce qu’on y va faire, dans ce Millénium, car tout se crée au fur et à mesure de l’avance de la prod’.

 

Arnaud Crétaigne dit "Arno"

Arnaud Crétaigne dit « Arno ».

Je suis avec mon camarade Arno Crétaigne à projeter, ligne par ligne sur Excel, des postes budgétaires improbables quand sonne le téléphone. « Allo, dis-je.

– C’est ton Papa qui te demande au téléphone, m’annonce Elsa Dulck-Conventi, notre charmante secrétaire qui tient l’accueil.

– OK, passe.

– Jean-Pierre, c’est moi.

– Salut Stan, que me vaut…?

– Écoute, Lisette vient d’avoir un malaise… J’ai appelé le toubib qui lui a appelé le SAMU, on vient de la transporter à… » et sa voix s’étrangle, il se met à pleurer, et quand on connaît le cowboy qu’est mon père, le voir pleurer indique que l’on touche au grave.

« … je, se reprend-il, je ne sais pas quoi faire… je… »

J’obture le micro du combiné, dis à Arno : « Y a un problème avec ma mère, il faudrait…

– Ok, je te laisse, dis Arno en repliant son PC, on reprendra ça plus tard.

– Tu es où ? dis-je en revenant à Stan.

– A la maison.

– J’arrive. »

 

KM étant à Boulogne-Billancourt et mes parents habitant Clamart, je bourre et rejoins mon père en un quart d’heure. Il m’explique ce qui s’est passé : « Lisette était en train de faire le lit, je lui ai dit quelque chose depuis la cuisine, elle n’a pas répondu. Je suis allé voir dans la chambre, elle était tombée sur le lit, en travers, les yeux révulsés, la respiration difficile, j’ai appelé SOS Médecin… »

 

Hôpital Antoine Béclère

Hôpital Antoine Béclère

Un autre quart d’heure plus tard, on est tous les deux dans ma voiture et on fonce à l’hôpital Béclère de Clamart. Ma mère est en réanimation. « On peut la voir ?

– Oui dis l’interne. »

Je rentre dans une pièce bourrée d’appareils, Stan sur les talons. Là, j’aurais peut-être pas dû, j’aurais dû aller voir tout seul d’abord, mais on ne pense pas à tout. Ma mère est là, inconsciente, blafarde, sous perf’, des tuyaux à oxygène dans le nez, un tube plus gros qui lui déforme la bouche, et puis ce bruit de pompe, tac, tac, tac, que fait la bécane qui soutient sa respiration. Violent. Je jette un œil à Stan qui est aussi blanc que le drap de lit. On ne peut rien si ce n’est se lamenter sur ce pauvre corps abandonné aux mécanismes des machines, j’estime alors préférable d’arracher Stan à cette vision sinistre, on sort de la chambre, rejoignons l’interne. « Elle est dans la coma, certainement AVC, on est en train de voir ça, mais elle est toujours là, et elle ne souffre pas. »

On sort de Béclère alors qu’on approche les 14 heures, je propose à Stan d’aller manger un morceau dans un resto à côté de chez lui. « J’ai pas faim.

– J’imagine, mais on va quand même essayer d’avaler quelque chose. »

Ce premier repas sera étrange, tout comme ceux qui vont s’enchaîner dans les jours qui suivent, à savoir que Stan va, d’une minute à l’autre, passer d’un état de détresse à son contraire, soit le retour à une pulsion de vie. C’était bien Stan, ça, la mort qui plane le faisait plonger dans l’apitoiement sur sa compagne et sur lui-même, la vie, qui était pour autant toujours là, lui imposait de rebondir vers l’humour et la galéjade. Ces vases communiquants émotionnels ne me choquent pas, l’élastique aller-retour entre deux états je le comprends vu que, assurément, je suis construit comme lui, je lui ressemble, face à la vie versus la mort.

 

A ce premier repas, il me dit : « Tu sais, en 38 ans de vie commune, je n’ai jamais trompé ta mère. J’aime ta mère… » Je prends acte de cette déclaration en hochant de la tête, que voulez vous répondre à ça, et puis, dans le désert d’inspiration où t’expédie ce genre de circonstances, n’importe qu’elle conversation vaut mieux que le silence.

 

Je n’ai jamais été aussi heureux qu’on aie eu l’intelligence de bâtir Clamart à proximité de Boulogne, ou l’inverse, puisque je vais alterner réunions Millénium avec visite à l’hosto et restos à Clamart, sans être jamais freiné par ces putains d’embouteillages parisiens qui t’insupportent quand tout va bien, t’exaspèrent quand tout va mal.

 

A l’hôpital, les bulletins de santé qui se succèdent sont aussi plats que cette ligne verte d’oscilloscope où je préfère ne pas reconnaître l’encéphalogramme de ma mère. Et toujours ces tuyaux d’oxygène, son visage figé et blafard, ses yeux clos, ce putain de tuyau qui lui tire sur la bouche.

 

Au repas suivant, toujours dans un resto voisin de chez lui car le gourmand Stan n’a plus le cœur de cuisiner, il en vient à évoquer la Mère Amiel. Drôle d’histoire. Bien des années plus tôt, mes parents s’étaient liés d’amitié avec une famille Amiel, bretonne. Dans cette famille, il y a la grand-mère, cette fameuse Mère Amiel, une encore belle femme de 90 ans, droite et altière avec ce bandeau de velours autour du cou que les femmes d’une autre époque portaient pour dissimuler les plis de l’âge. lucienne-amielMais cette grand-mère est méprisée dans sa famille, et on a ici un remake de la chanson Ces Gens là, de Brel : On écoute même pas ce que ces pauvres mains racontent. Mes parents ne cautionnent pas cet irrespect pour l’aïeule et à table, par exemple, ils forcent la conversation pour qu’elle soit invitée à y participer, lui marquant de l’attention malgré l’agacement du reste de la tablée ne comprenant pas l’intérêt qu’ils ont pour leur vieille, qui est d’ailleurs loin d’être gâteuse car encore capable d’enquiller des kilomètres sur ses routes bretonnes où, raide et fière, elle assoit ses 90 balais sur la selle de son Solex.

 

Un beau jour, cette Mère Amiel va prouver son étonnante vitalité, car il n’est jamais trop tard pour bien faire, et elle fugue. Carrément.

 

Le téléphone sonne chez mes parents. Ma mère décroche : « Ah, bonjour Lucienne… Oui, ça va et vous ?… Comment ça !? Mais vous êtes où ? Montparnasse ! Euh… Oui, d’accord, ne bougez pas, on arrive. »

 

Et mes parents foncent à la gare Montparnasse où ils retrouvent, dans la salle des pas perdus, assise sur sa valise, l’aïeule, grande, svelte, endimanchée avec élégance et toujours bandeau de velours autour du cou, un peu comme ces canards à col vert, sauf que là le collier est noir. Lucienne Amiel venait de faire un bras d’honneur à sa famille et, forte de sa retraite, de ses économies et d’un petit capital dans deux studios parisiens, elle avait décidé de tailler la route. Débarquée dans la capitale, elle avait appelé en toute logique les seuls parisiens lui ayant manifesté une quelconque chaleur. A partir de là et durant une dizaine d’années – Lucienne mourra quasi centenaire -, mes parents vont s’occuper d’elle, l’épauler dans son ultime ligne droite, ce bien sûr au grand dam de la famille bretonne qui, au passage, se voit souffler l’héritage espéré des studios, Lucienne allant en effet bouffer progressivement tout son capital.

 

Lucienne Amiel, Raymonde Richard, cousine de ma mère, et Louise de Lipowski, dit "Lisette", ma maman

Lucienne Amiel, Raymonde Richard, cousine de ma mère, et Louise de Lipowski, dit « Lisette », ma maman.

 

« Tu te souviens de la Mère Amiel, me dit Stan entre deux bouchées.

– Oui, bien sûr.

– Belle femme, hein…

– Oui, assez étonnante, une sorte de duchesse paysanne, sortie d’une autre époque.

– Oui… Un jour je vais le voir dans le studio où on l’avait installée, sans doute pour lui apporter le loyer de l’autre studio, et elle me retient pour l’apéro… »

Je ne pipe mot car je pressens quelque chose, attends la suite.

« Tu sais ce qu’elle me sort ?

– Non, quoi ?

– Elle me dit, Stan, je voulais vous demander quelque chose… Vous voyez, j’ai… quel âge avait-elle à l’époque ? Je sais plus, 92 ou 93 ans, un truc dans ce genre… Vous voyez Stan, à mon âge, je n’aurais plus l’occasion de faire l’amour… Aussi, je voulais vous demander si…

– Si quoi ? dis-je en restant la fourchette en l’air de surprise.

– Si vous pouviez pas me faire l’amour, une seule fois, une dernière fois…

– Ah… ah oui d’accord… et…?

– Bah je lui ai fait. »

 

J’en suis sans voix. Étonné, pour le moins, mais pas plus choqué que ça, au fond. Pas choqué car, à côté de l’amoralité bourgeoise, et hors de l’acte lui-même ne promettant pas, a priori, une extase céleste, il y avait, venant de Stan ainsi mis au pied du mur, une authentique générosité pour ce don d’ultime plaisir avant le néant, cet au-delà où malgré moult promesses des religions la jouissance est loin d’être garantie. Sans doute ai-je eu aussi une authentique admiration pour cette étonnante grand-mère ayant le front de demander un truc pareil.

 

« J’ai connu beaucoup d’aventures dans ma vie, poursuit-il, mais jamais je n’avais fait l’amour à une femme ayant vingt ans de plus que moi. Tu me croiras si tu veux, mais cette femme avait conservé, malgré son âge, un corps étonnant. »

Mais Stan ne peut pour autant pas échapper à la question qui m’arrive à l’esprit juste après sa confidence. « Euh Stan… Pas plus tard qu’avant hier, tu m’as affirmé que tu n’avais jamais trompé maman…

– Ah oui, rit-il, mais ça c’est pas tromper.

– Ok… j’essaye de saisir la nuance, elle n’est pas évidente… c’est en fait une question d’optique ?

– Oui, c’est ça. »

 

Dans ces conversations entre hommes, de resto en resto, Stan eut l’occasion de me parler de ses maitresses, antérieures ce coup-ci au couple qui allait former avec ma mère dès 1961. Et il avait une fichue mémoire pour ces diverses, pour ne pas dire multiples, conquêtes. Une, apparemment, avait toutefois échappée à ses souvenirs, ou pas, ça on ne le saura jamais, ou difficilement. Le récit de cette nouvelle affaire survient au cours du même déjeuner.

« Ah, il m’en arrive une bonne…

– Quoi donc encore ? renvoie-je désormais prêt à tout entendre.

– J’ai la voisine du dessus qui vient me voir hier soir…

– Elle aussi en mal d’amour ?

– Non, rit-il… Tu sais ce qu’elle me dit ? Monsieur de Lipowski, excusez-moi de vous déranger, je dois vous passer un message suite à un coup de fil que j’ai eu tout à l’heure. Mais d’abord je dois vous poser une question : avez-vous vécu à Charleville-Mézières à un moment de votre vie ?

Place Ducale, Charleville-Mézières

Place Ducale, Charleville-Mézières

– Euh, oui, quelques mois, quand j’avais vingt ans… Pourquoi cette question ?

– Est-ce que le prénom d’Edwige, de Charleville-Mézières, vous dit quelque chose ?

– Edwige ? Charleville ? Bah, non… a priori non… En même temps, ça remonte de 70 ans en arrière et…

– Oui, ça remonte loin… Mais j’ai eu un coup de fil tout à l’heure, d’un monsieur… attendez, j’ai noté son nom… » Elle me sort un papier : « Georges Messart, c’est ça, Georges Messart dont la maman s’appelle Edwige, une Edwige que vous auriez bien connue… à Charleville-Mézières.

– Peut-être, je ne me souviens pas… Mais en quoi…?

– Excusez-moi d’être… comment dire ? directe, mais, quand vous étiez jeune, à Charleville-Mézières, vous auriez plus que bien connu cette Edwige, et il en serait resté quelque chose…

– Comment ça quelque chose ?

– Bah, si j’ai bien compris ce que m’a dit ce monsieur au téléphone, il en serait resté lui.

Quoi lui…?

– Euh… vous seriez le père de Georges Messart.

– Pardon !? »

 

Je me souviens de cette scène comme si c’était hier, et du « Pardon !? » de Stan qui enchaîne en se resservant un verre de rouge : « Tu en veux ? »

– Pour faire passer le scoop, j’en veux bien une lichette… C’est quoi c’t’ histoire !?

– Oh je sais pas, c’est n’importe quoi… J’ai viré ma voisine, lui ai dit que, vraiment, c’était pas le moment. J’ai ma femme entre la vie et la mort à l’hosto, tu me vois m’occuper d’un truc pareil !? Ca me fait chier, autre chose à foutre !

– Mais c’est incroyable, d’où il sort ce gars là ? »

 

Stan-portrait-2003

Autre chose à foutre !

 

Là, j’apprends que le cheminement du Georges Messart pour remonter jusqu’à Stan est étonnant. Mais attention, n’allez pas vous perdre dans les sinuosités du parcours car cette affaire devient poupée gigogne, à savoir qu’il y va y avoir une histoire dans l’histoire, elle-même incluse dans une troisième histoire. On s’accroche, c’est parti, et on va tout traiter au présent plutôt qu’à l’imparfait, c’est plus vivant.

 

Mon père, Stanislas de Lipowski, fait partie d’une fratrie comptant quatre enfants. L’ainée est une fille : Christiane ; le second, c’est lui, Stan ; le troisième s’appelle Serge et le petit dernier Ernest (toute cette génération est disparue à l’heure où j’écris ces lignes, mais que cela ne m’empêche pas, à travers l’éther, d’embrasser toutes ces Lipowski qui, jeune, m’ont adopté, au même titre que Stan, puis m’ont fait bien rigoler et que donc j’aimais beaucoup). Christiane va se révéler très vite une insoumise ; on est dans les années 30. Elle se barre tôt de chez elle et, dans les années qui suivent, elle ne développera pas une grande passion pour les réunions de famille, ce qui fait qu’elle voit très rarement ses parents ou ses frangins. On fait un bond de 35 ans, nous sommes dans les années 60, et ma mère, qui vit désormais avec Stan, trouve que c’est quand même un rien dommage de vieillir ainsi à distance de sa famille. Aussi va-t-elle œuvrer pour, régulièrement, réunir Stan, Serge et Ernest, dit Néné, puis retrouver la trace de Christiane qui, désormais, a pour époux Marcel Goby.

 

Marcel Goby, mari de Christiane, Ginette de Lipowski, épouse de Serge, moi, Serge de Lipowski, ma grand-mère Elisabeth, ma mère et Christiane de Lipowski

Marcel Goby, mari de Christiane, Ginette de Lipowski, épouse de Serge, moi, Serge de Lipowski, ma grand-mère Elisabeth, ma mère et Christiane de Lipowski

Si Stan, Serge et Ernest ont fait des enfants, ce n’est pas le cas de Christiane qui a vécu toute sa vie en bohème, allant d’une histoire de couple malheureuse à une affaire de cœur catastrophique (à l’exception de son dernier mari, Marcel), souvent dans le dénuement où ses amours pour des artistes peintres sans le sous l’amenaient à vivre. Dans ces conditions, faire des enfants et prendre la responsabilité de les élever relevait de l’impensable. Bref, Christiane de Lipowski n’a jamais eu d’enfant, et c’est ce qu’elle confirmera à mes parents dès qu’ils vont à nouveau la fréquenter. Elle disparaît en 1971, sans descendance donc.

 

Parenthèse historique réservée aux Lipowski

Parenthèse essentiellement dédiée aux Lipowski qui liront ces lignes, tous les autres peuvent sauter les deux paragraphes qui suivent, sauf s’ils s’intéressent aux faits d’armes. On commence par un gros flashback de plus d’un siècle : le 18 octobre 1870, le Comte Ernest de Lipowski, jeune officier d’un bataillon de Francs-Tireurs va organiser la défense de la ville de Châteaudun face à l’avancée des troupes prussiennes. Suite à cette résistance héroïque, selon les annales de l’époque, le lieutenant-colonel Ernest de Lipowski est fait général. A 27 ans. Pas fainéant, le grand-père de Stan, ce qui en fait au passage mon arrière-grand-père. Par capillarité d’adoption, si je puis dire.

 

Le général de Lipowski en image d'Epinal

Le général de Lipowski en image d’Epinal

 

Le 18 octobre 1970, Châteaudun célèbre le centenaire dudit fait d’arme, les invités d’honneur en étant les descendants du général de Lipowski, dont mon père qui vient par ailleurs, et ce n’est pas vraiment un hasard, d’acquérir une maison à Châteaudun, dans ce quartier au pied du château qui semble tout droit sorti du moyen-âge. Dans le film ci-dessous, pour le coup complètement private joke pour les de Lipowski, on retrouve tout le monde à l’apéro, en l’occurrence Stan, sa sœur Christiane, son mari Marcel, ma maman et Chantal, fille d’Ernest qui lui apparaît de dos dans cette séquence. Un grand absent à ce centenaire honorant la famille, Serge de Lipowski, mon oncle décédé quelques années plus tôt, mais qui est ici représenté par son fils, Stany de Lipowski. Stany a loupé l’apéro car il vient du diable vauvert, Nice, mais on le reconnaît aux plans suivants où tout le monde visite la nouvelle maison de mes parents. Puis, avec la Sambre et Meuse, arrivent les officiels avec à leur tête Michel Debré alors ministre de la Défense. Passage en revue des troupes, serrage de louches, puis tribune officielle où Stan s’est débrouillé pour être au premier rang. Discours du ministre, tandis qu’Ernest rigole mais que Stany écoute, tout comme sont attentives Chantal, ma mère et Christiane. Défilé des troupes avec tout le monde au garde-à-vous, sauf Stan, qui doit avoir un mot d’excuse car il immortalise l’instant avec son Leica. Ultime salut de Michel Debré avant qu’il ne disparaisse dans la DS ministérielle, et c’est fini. J’excuse d’avance tous les étrangers à la famille qui vont s’emmerder à cette évocation clanique mais moi, des décennies plus tard, je m’attendris toujours à cette machine à remonter le temps que sont les archives, avec ici une pensée particulière pour Stany de Lipowski, ce beau gosse drôle et adorable, sportif, champion de ski, qui nous a quitté, plus que prématurément, à l’âge de quarante deux ans.

 

 

 

 

Tout ceux qui ne font pas partie de la famille de Lipowski peuvent nous rejoindre à ce paragraphe, car nous continuons en faisant maintenant un nouveau bond de vingt ans : nous sommes au milieu des années 90, et une initiative hasardeuse de ma part va avoir d’étonnantes conséquences. Armé du minitel de l’époque, je ne sais plus pourquoi, je lance une recherche de Lipowski sur Paris. Cela me sort une Catherine de Lipowski, non-référencée pour moi dans la famille. Au déjeuner suivant, je raconte ça à Stan. « Catherine de Lipowski ? me dit-il, inconnue au bataillon. »

 

Du coup, il appelle un cousin, Yves Lafosse, versé en arbres généalogiques et qui a notamment reconstitué celui des Lipowski pour lequel il est remonté jusqu’à sa souche du 14e siècle, en Pologne. Yves Lafosse n’a pas de Catherine dans son arbre pourtant pourvu de 160 fruits. Qu’à cela ne tienne, Yves Lafosse a le téléphone de cette Catherine et il monte avec elle un rendez-vous où Stan sera présent.

 

Stan, Lisette et Yves Lafosse

Stan, arbre généalogique en main,, Lisette et Yves Lafosse.

 

Ce rendez-vous va réserver une surprise de taille. Catherine se présente comme la fille de Jean de Lipowski, né en 1937. « Très bien dit mon père, sauf qu’on ne connaît, en contemporain, aucun Jean de Lipowski, le seul auquel on puisse penser est Jean de Lipkowski, ministre sous de Gaulle et Pompidou, mais c’est une homonymie proche, les LipKowski, avec un après le p, n’étant pas de la même famille.

– Certes dit Catherine, qui confirme que son père, qu’elle est tout de même bien placée pour connaître, existe bel et bien.

– D’accord, mais alors qui sont ses parents ?

– Papa est né de père inconnu et de Christiane de Lipowski… Abandonné à la naissance, c’est un enfant de l’Assistance publique. »

Et là, on débarque dans l’impensable. « Attendez Catherine, poursuit Stan, je ne connais que deux Christiane de Lipowski : une qui est ma nièce, qui vit à Nice, est mariée avec un Monsieur Perrin, elle n’a jamais eu de fille, et de toute manière elle est un peu jeune pour être votre grand-mère ; et ma sœur, Christiane de Lipowski, décédée en 1971 et qui n’a jamais eu d’enfant. Aussi, euh…

Catherine de Lipowski en compagnie de ma mère.

Catherine de Lipowski en compagnie de ma mère.

– En quelle année est née votre sœur ?

– En 1907.

– Et bien, c’est elle, c’est ma grand-mère.

– Mais elle n’a jamais eu d’enfants !

– Si, trois. »

 

Et là, plus de vingt ans après le décès de sa sœur, suite à ma manie d’arpenter le passé, mon père découvre que sa sœur a eu en fait trois enfants, deux garçons, une fille, et qu’elle les a tous trois abandonnés, à l’Assistance. Sans jamais bien sûr s’en vanter dans la famille. Un peu désordre, l’affaire, pour le blason des Lipowski.

 

Quelle histoire, quand même, et quelle famille ! Moi qui suis un enfant de l’Assistance publique, on comprendra que ce coup de théâtre sur la scène lipowskienne pouvait m’émouvoir. Étonnante Christiane de Lipowski aussi, pour rester gentil dans l’adjectif… En 1934, elle met au monde Christian de Lipowski ; bis repetita en 1936 avec une fille, Cécile de Lipowski, suivie de près un an plus tard par Jean de Lipowski. Alors faisons un saut en arrière : on est dans les années 30, on fait un enfant alors que l’on vit une situation difficile, on abandonne cet enfant aux soins de l’Assistance publique… Admettons ; mais là elle en enchaine trois, en quatre ans, et elle s’en débarrasse, le mot est fort mais il s’impose, systématiquement, en mettant un couvercle sur son pot au noir, en occultant la chose, pour sa famille et pour elle-même, vu que jamais elle ne sera, apparemment, titillée par un quelconque remord. On m’opposera « Années 30, pas de contraception moderne, pas d’IVG officielle… » OK, mais trois, de suite, à l’Assistance ! faut quand même le faire. Bon, la seule bonne nouvelle – en est-ce une d’ailleurs, car dans ce contexte de triple abandon on peut aussi trouver cela incohérent -, c’est que Christiane n’accouche pas sous X mais leur laisse son nom. Avait-elle l’intention de revenir sur ces abandons et de reprendre, à terme, ses enfants ? On ne le saura jamais, la seule chose dont on est sûr, c’est qu’elle ne l’a pas fait.

 

L’Assistance publique, c’est quand même une putain de loterie. Moi, j’ai eu un pot énorme, car adopté par une maman qui rêve d’avoir un enfant, qui va donc l’envelopper de tendresse et d’amour, et qui, forte du statut social qu’elle conquiert avec sa petite usine et sa sueur, va l’élever dans un milieu petit-bourgeois relativement aisé. Il est vrai que cette espèce de conte de fée de ma famille d’adoption aurait bien pu finir dans le sang si un autre conte, comte plutôt, n’était pas venu, in extrémis, m’arracher aux griffes du dragon. Mais tout cet univers reste dans une atmosphère à la Flaubert. Pour les enfants de Christiane, c’est pas la même littérature, on est dans du Zola. Car ils ne seront pas adoptés mais placés, dans des familles d’accueil, paysannes, de ce centre de la France qui accueillait à tour de bras dans ces années là. Adopté et placé, sérieuse différence dans les termes, et sur le terrain… Je ne connais pas leur jeunesse mais j’imagine qu’elle fut sérieusement plus rude que la mienne.

 

Par la suite, mes parents se rendront dans ce Centre de la France pour rencontrer cette nouvelle branche de l’arbre, poussée plein champ, car ces Lipowski là, comme la plupart des Français, ne se sont guère éloignés des contrées de leur enfance, faisant souche sur les terres agricoles où le destin les a plantés. Christian ne souhaitera pas voir mes parents car refusant toute relation avec des ressortissants d’un famille l’ayant rejeté, jeté, à la naissance. Ça peut se comprendre. Ils n’y rencontrent pas non plus, à ma connaissance, Jean de Lipowski qui pour sa part apparaît toutefois moins radical dans ses positions. En même temps, 60 ans plus tard, ces retrouvailles familiales arrivent 60 ans trop tard.

Cécile de Lipowski-Labergère

Cécile de Lipowski-Labergère

Ils vont donc visiter Cécile de Lipowski, désormais Labergère, car mariée avec Hubert Labergère, la seule de la fratrie à avoir tenté des recherches sur ses origines. Son nom de naissance de consonance polonaise, assorti qui plus est d’une particule nobiliaire, faisait il est vrai un peu hiatus dans sa campagne berrichonne et donc lui avait posé question. Une question qu’elle n’avait jamais pu résoudre, malgré ses tentatives de recherches, l’Assistance publique, comme l’armée, peut être une grande muette.

 

On comprendra combien l’émotion de Cécile de Lipowski fut grande de voir surgir cet oncle de nulle part, et avec lui tout un clan de Lipowski dont elle ne soupçonnait pas l’existence.

 

On va sortir des poupées gigognes de cet épisode lipowskien pour en revenir à Georges Messart. Tout jeune, comme moi, cet homme avait eu le pressentiment de ne pas être le fils de son père, une intuition que j’avais pour ma part relativisée le jour où mon psy m’avait dit que quasi tous les enfants ont, à un moment ou à un autre, une appréhension semblable. Et qui ne prouve rien. Son papa décédé, Georges s’en était ouvert à sa tante, puisque omerta du côte de sa mère. Sa tante lui avait révélé que « Peut-être, mais rien n’est sûr, et si tu veux mon avis puisque tu me le demandes, tu ne devrais pas lâcher ta mère, ma sœur, sur le sujet ». Et Georges Messart n’avait pas lâché, et sa mère, elle, avait fini par lâcher : « Tu veux la vérité, la voilà : ton vrai père s’appelle Stanislas de Lipowski… et peut-être est-il encore vivant à cette heure…. ».

 

Quand Georges Messart apprend ça, il est à la retraite de son métier d’ingénieur. Se saisissant de l’annuaire et du minitel, il se met en recherche des Lipowski. Après quelques tentatives qui n’ouvrent sur aucun Stanislas, il finit par tomber sur une Catherine de Lipowski habitant Paris. Il l’appelle. Coup de chance, cette Catherine de Lipowski connaît, maintenant, Stanislas de Lipowski puisqu’elle est désormais rattachée au tronc familial ; ce qui me reste étonnant, c’est que Georges Messart aurait passé son coup de fil quelques mois plus tôt, Catherine de Lipowski ignorait tout de Stan. Sans le vouloir, avec ma recherche minitel, j’avais déclenché une cascade de dominos. Armé du numéro de téléphone de Stan que Catherine lui a donné, il appelle. Plusieurs fois. Mais ça ne répond jamais. Histoire d’avoir confirmation que Stanislas de Lipowski habite bien là, il téléphone alors à une voisine… La suite, on la connaît, sauf que Georges Messart ne peut pas savoir qu’il tombe au plus mauvais moment dans la vie de mon père : sa femme est en réanimation à l’hôpital Béclère… On a évoqué plus haut ces coups du destin prompts à vous frapper quand soi-même on en est occupé à fouetter d’autres chats, ça se confirme.

 

Georges Messart, et sa maman alors qu'elle avait 20 ans.

Georges Messart, et sa maman alors qu’elle avait 20 ans.

 

On ne va pas embrayer maintenant sur l’affaire de ce cinquième enfant putatif débarquant dans la 90e année de mon père, car là aussi c’est un roman feuilleton et cela fait l’objet d’un autre chapitre : 1999 – Juin, Georges Messart et le signe des 5.

 

Je suis, au quotidien, en flux tendu avec l’hosto, soit je les appelle, soit j’y passe. J’avoue toutefois avoir du mal, chaque fois, à pénétrer dans cette chambre du service de réanimation. Toujours ma pauvre maman étendue entre ses machines, toujours le tac tac de l’oxygène, son visage déformé par les tubes. Si elle doit partir, je ne veux pas conserver cette image d’elle. Peine perdue, des années après, écrivant ces lignes, je ne vois que ça.

 

On est au 6e jour après l’AVC et quand j’arrive en réa, le patron du service est là. « Ah, monsieur de Lipowski, c’est bien que vous soyez passé, je voulais vous parler.

– Oui, comment va-t-elle ?

– Elle est toujours là, grâce aux machines…

– Hum…

– Je dois vous dire que, depuis son arrivée ici, l’encéphalogramme est plat, aucune activité cérébrale.

– Hum…

– Je dois vous dire aussi que… si jamais elle revenait, elle ne pourrait jamais être comme avant, nous aurions affaire, au mieux, à un profond handicap, moteur et psychique.

– Au mieux !?

– Oui, au mieux.

– Vous êtes en train de me dire qu’il vaudrait mieux débrancher…

– Excusez-moi d’être brutal, mais oui. Elle partirait tranquillement, sans souffrir. Mais cette décision, bien sûr, revient entièrement à la famille. »

 

Je suis sorti de l’hosto pour m’en griller une dans la voiture. Assis au volant, j’y revoyais ma maman dans ces diverses souffrances vous attaquant avec l’âge, sa psychose hallucinatoire qui l’avait vue hospitalisée durant deux mois, et dont elle s’était pourtant miraculeusement remise, mais surtout sa quasi cécité lui ayant flingué l’autonomie et le moral depuis une décennie, glaucomes sur glaucomes, x opérations sans autres effets que de lui maintenir un très faible champ de vision sur un œil, l’autre étant définitivement aveugle. Je me souvenais de ses propos lors d’une de ses énièmes opérations des yeux : « Si je dois être aveugle, je demande qu’une chose, mourir. »

 

(Entretien avec ma mère, hôpital Necker, 1984)

 

 

Ma maman était une femme courageuse, il était maintenant question que je le sois aussi.

 

Mais il restait Stan, je ne pouvais bien sûr pas prendre ce type de décision seul. Il était dans son appartement, en robe de chambre, pas rasé, bonnet de laine sur la tête, trainant la savate. « Il faut que je te parle, Stan. Je viens de voir le toubib…»

 

Il n’y eut pas de cris, pas de lamentations, pas le genre des Lipowski, il y eut juste des yeux embués de larmes derrière de grosses lunettes. Sans doute s’était-il préparé, depuis une semaine, à ce que l’on soit contraint à cette conversation. Alors, du bout des lèvres, il a donné son accord : « C’est mieux comme ça sans doute, Lisette ne supporterait pas que… »

 

On est remonté à Béclère le lendemain matin, pour lui dire au-revoir. Il est resté un bon moment, assis à côté du lit, à tenir la main blanche de sa compagne ; moi, planté dans un coin de la chambre, j’observais une scène que tu as beau vouloir repousser, au plus loin dans le futur, mais qui finit toujours par t’arriver, impromptue, tel un deus ex-machina dans ton propre film. Ils étaient là tous deux, chétifs au milieu de l’arsenal médical, ma maman, au no man’s land entre deux mondes, et mon père confronté à l’incontournable séparation de deux êtres qui s’aiment, point d’orgue de cette chronique d’une mort pourtant annoncée à laquelle notre ambitieux souci d’éternité préfère nous rendre sourd.

 

S’aidant de sa canne pour redresser ses 90 ans, il s’est penché sur elle, l’a embrassée sur le front : « Ma Lisette… ». J’ai fait la même chose, embrassant cette maman qui, 48 ans plus tôt, était venue changer le cours de mon destin dans un hôpital semblable. Et on est parti. Le tac tac des machines a dû s’arrêter une heure plus tard. On était le 7 juin 1999, ma maman avait 84 ans, elle ne connaîtrait jamais le nouveau millénaire.

 

 

L'image que j'aime à garder de mes parents, 1963, jetée de Trouville.

On a tous des lieux carrefour de notre propre histoire, ici, cette même jetée de Deauville mais en 1963. Et c’est l’image que j’aime à garder de mes parents.

 

Carousel à l’usage de la famille

 

Nous sommes ici au repas qui suit les obsèques de ma maman. Stan a choisi le restaurant qu’il fréquentait le plus avec Lisette, Le Suffren, une brasserie à deux pas de la Tour Eiffel. Cette famille de Lipowski résidant au quatre coins de la France – Lille, Savoie, Nice, Nantes -, les retrouvailles, même dans des circonstances pareilles, se font heureuses, puisqu’on se voit peu, si ce n’est justement dans des circonstances pareilles. D’où la tablée, souriante, de cette famille réunie autour du patriarche. D’autant que Stan, sans doute pour éloigner la lourde atmosphère du cimetière, avait fait, dès l’apéritif, un speech bien à sa manière, à la fois sobre, émouvant, tendre et drôle. Moi qui ai souvent pour habitude de tout enregistrer, j’ai raté le coche ce jour là en ne le filmant pas.

 

Autour de la table, on retrouve : Stanislas de Lipowski, sa fille ainée Monique de Lipowski-Meslé, son mari Gilbert Meslé et leur fille Rosine Delcroix ; Serge de Lipowski, fils de Stan et son épouse Josiane ; Christiane de Lipowski-Perrin, fille de feu Serge de Lipowski le frère de Stan, et son mari Jacques Perrin ; Chantal de Lipowski-Lenglart et Brigitte de Lipowski-Mundviller, filles de feu Ernest de Lipowski, et le mari de Brigitte, Alain Mundviller ; enfin Caroline Incanella-de-Lipowski, ma femme, sa sœur Danièle Incanella, leur maman Gisèle Leclercq avec à ses côtés une amie dont j’oublie malheureusement le nom, et, en bout de table, votre serviteur.

 

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